samedi, mai 25, 2013

Météo et programme


Ciel hésitant entre un bleu parcouru d'une flotte de jolis nuages (et les fausses teintes du nouvel appareil... zut, j'avais oublié l'autre qui aime plus loyalement le ciel),

et nuages noyant le ciel,
courses, photos que garde parce que vais être longue, un poco ménage et longue sieste pour ne surtout pas s'entraîner à sortir de mon oblovisme en prévision de juillet,
et pour me faire honte, me donner envie d'action, programme arrêté, (suis gourmande cette année en attente de ce qui est proposé par ce duo d'invités de belle qualité Stanislas Nordey (son goût pour les textes) et Dieudonné Niangouna (spectacles exigeants venus d'Afrique ou créés par des africains))

parade 2012
si peux avoir tous les billets (et qui ne comprends pas les lectures gratuites et belles dans les jardins, les expositions, le marché, la lessive et le repassage – au minimum... je sors toutes les vieilleries pour ne pas avoir à en faire trop de repassage –, la cuisine, le off et cette envie et promesse : aller voir et écouter Cécile Portier et Juliette Mezenc à la Chartreuse (pour une étape de ce projet qui me plaît tant et que je suis, un peu, de loin, comme peux,  Étant donnée http://www.chartreuse.org/56/441/collectif-simple-appareil&date=2013-05-31)
et passez votre chemin, le voilà le programme, que mets ici, tant pis, avec des images piquées dans mes séries des précédentes années

année non précisée, 2005 ou 2006
5 juillet (parade du off ? pas certaine de la date)
  • 19 heures au Gymnase du Lycée Mistral Ping Pang Qiu d'Angelica Liddell (pour raconter une histoire d'amour, s'installer à plusieurs à une table de ping-pong... avec son baroquisme violent
  • 22 heures 30 si ai temps et jambes disposées pour bonne trotte, la Fabrica, hors rempart, pour le spectacle gratuit du groupe F ouvert ! aboutissement de leur résidence
6 juillet jour qui devrait être faste
  • 18 heures à l'Opéra pour entamer cette série de petites participations de beaux noms venus lors des festivals passés, organisée pour la fin de la direction d'Hortense Archambault et Vincent Baudriller, Guy Cassiers et un solo pour une comédienne d'après Orlando de Virginia Woolf (1 h 45)
  • 21 heures dans la cour d'honneur, première du spectacle de Stanislas Nordey Par les images de Peter Handke (lutter ou non contre préjugé favorable) 3 heures 30 avec, zut, un entracte
7 juillet
  • 18 heures au Gymnase Aubanel (aïe, mais j'y tiens) le spectacle de Christian Rizzo d'après une histoire vraie (Huit hommes, en partie originaires du bassin méditerranéen, frappent le sol de leurs pieds, tournent sur eux-mêmes et joignent leurs mains) 1 h 15
  • 22 heures dans la Cour de Saint Joseph de nouveau Angelica Liddell avec Todo el cielo sobre la tierra la Wendy de Peter Pan transportée sur l'île d'Utoya (Norvège, souvenez-vous) 2 h 15

festival 2007
8 juillet
  • à 11 heures au jardin de la Vierge de Saint Joseph le premier programme de sujets à vif (deux courtes cartes blanches) avec D' de Kabal et Émeline Pubert – Mamela Nyamsa et Faniswa Yisa
  • à 15 heures dans ma chère chapelle des Pénitents blancs Nicolas Truong et Projet Luciole à partir de Pasolini, dialogue sur «la vivacité de la pensée critique» 1 heure 20
  • 22 heures au Cloître des halles – une histoire assez atroce mais «ici ce n'est que du théâtre» écrite et mise en scène par Jan Lauwers pour sa compagnie Place du marché 76 – 2 heures 20
9 juillet
  • à 22 heures dans le non moins cher cloître des Célestins – Faustin Linyekula Drums et Digging revenir dans son village congolais avec des compatriotes aux trajets divers, et créer chorégraphie au contact de sa réalité actuelle (en gros) – un cercle pour composer un récit – 1 heure 30
10 juillet
  • 17 heures dans le petit gymnase de Saint Joseph le second spectacle de Gintersdofer et Klassen venus de Berlin et Abidjan (impasse faite sur celui de 15 heures et celui de la nuit) la fin du western cinq ivoiriens et deux allemands font le récit de la crise après la présidentielle – une heure 30
  • à 21 heure à l'Opéra la carte blanche à Christof Marthaler avec King Size «Assis ou couché dans un lit king size, un couple-chanteur passe en revue un répertoire éclectique allant de la musique sérielle à Michel Polnareff..» 1 heure 20


festival 2008
11 juillet envisager fatigue
  • 15 heures – trotter vers la Fabrica pour les 8 heures 30 (entractes compris) de Faust I + II de Goethe, proposées par Nicolas Steemann (allemand surtitré)
12 juillet même chose
  • 11 heures à l'opéra un film de Peter Brook sur un fil d'après certains de ses spectacles
  • 21 heures après avoir pris risque de la navette (et d'être bloquée jusqu'à la fin si pas bien) mais trop envie, à la carrière de Boulbon – Dieudonné Niangouna avec Shéda des êtres venus d'ailleurs, peut-être des dieux déchus viennent dire le bruit du monde... - 4 heures
13 juillet
  • 15 heures à l'opéra un film de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval le vent souffle dans la cour d'honneur
  • 18 heures – jardin de la vierge – second programme des sujets à vif
  • si heure possible la chartreuse pour Cécile Portier et Juliette Mezenc

festival 2009
14 juillet
  • 17 heures à Utopia-Manutention un film d'Alexandre Barry Brume de Dieu d'après la mise en scène par Claude Régy d'un texte de Tarjel Vesaas
  • 19 heures 30 à l'opéra un film de Nicolas Klotz et Thomas Oestermeier Hamlet en Palestine
  • vers 22 heures le feu d'artifice sur les berges
15 juillet
  • 18 heures heures aux Pénitents Blancs pour le spectacle ? (ne comprends pas exactement ce que ça va être) demandé à Michèle Kokosowski (merveilleuse femme qui m'intimide toujours) avec Anatoli Vassiliev et Natacha Isaeva
16 juillet
  • 18 heures passer pont pour la chartreuse de Villeneuve lez Avignon et le spectacle de Lazare au pied du mur sans porte Libellule un jeune homme rêveur dans un quartier délaissé... 1 heure 50
  • 22 heures dans la cour du Lycée Saint-Joseph un texte de Falk Ritcher mis en scène par lui et Anouk Van Dijk Rausch 5 danseurs, 7 acteurs et on verra bien... jeunesse occidentale cherchant d'autres modes d'être ensemble (très bien ou exaspérant)

festival 2010
17 juillet
  • 17 heures la redoutée salle Benoît XII pour Germinal de Antoine Defoort et Halory Goerger «une micro population dont les membres tâtonnent et se cognent» mais construisent ensemble (et la curiosité de Brigetoun) 1 heure 20
  • 19 heures 30 à l'opéra dialogue entre les deux artistes invités de cette année Stanislas Nordey et Dieudonné Niangouna 1 heure 30
  • 22 heures dans la cour d'honneur Jérôme Bel Cour d'honneur spectacle créé avec des spectateurs, aimer beaucoup, bercer nostalgie ou partir exaspérée on verra (mais tendance à lui faire confiance) – 2 heures
18 juillet
  • 19 heures à l'opéra Boris Charmatz et Emmanuelle Huynh un duo inspiré de leur «Boléro» étrangler le temps sur la musique de Ravel ralentie trois fois – 50 minutes
19 juillet
  • 11 heures au jardin de la Vierge de Saint Joseph le troisième programme des Sujets à vif
  • 19 heures à l'opéra Amore e carne de Pippo Delbono (chic!) récit incantatoire dit par lui avec accompagnement de la musique du violon d'Alexander Balanescu – 1 heure 15

festival 2011
20 juillet
  • 17 heures à la Fabrica (mais j'hésite encore un peu) Kabaret Warszawski un spectacle de Krzysztof Warszawski à partir d'une pièce évoquant la montée du nazisme et d'un film sur l'après 11 septembre
  • 22 heures au Gymnase Aubanel Reise durch die Nacht (suis pas à la fête la latine pour éviter les fautes d'orthographe dans les noms et titres) mise en scène de Katie Mitchell d'après un texte de Friederike Mayröcker, un train, la nuit, une femme, l'écriture d'un discours pour un enterrement, un flux de conscience sauvage 1 heure 10
  • 1 heure 30 (donc en fait le 21) dans la cour d'honneur Avignon à vif et Pascal Rambert et Denis Podalydès pendant 1 heure 30
21 juillet
  • 19 heures 30 à l'opéra Josef Nadj (chic) Woyzeck ou l'ébauche du vertige vision de la décomposition qui gagne corps et esprits, théâtre-mime-danse – 1 heure
  • 22 heures au cloître des Carmes sans doute une mise en scène de Jean-Paul Delore, douze musiciens, danseurs, acteurs qu'il a rencontrés, qui l'accompagnent, réunis... voir - 1 heure 30
22 juillet
  • 20 heures au gymnase du Lycée Saint-Joseph, une lecture d'Olivier Cadiot – une heure prévue,
  • que vais peut être supprimer pour être à 22 heures à Boulbon pour Lear is in Town la mise en scène par Ludovic Lagarde de la traduction et adaptation de Lear par Olivier Cadiot, justement, et Frédéric Boyer

festival 2012
23 juillet
  • 18 heures au gymnase du Lycée Mistral Wagons libres de Sandra Iché, interviews des anciens compagnons de route de l'Orient Express magasine francophone de Beyrouth des années 1990 – 1 heure 15
24 juillet
  • 15 heures – Chapelle des Pénitents Blancs – Et si je les tuais tous, Madame de Aristide Tarnagada (Ouagadougou), texte, hip-hop et musique traditionnelle - une heure
  • 22 heures au cloître des Célestins Au delà chorégraphie de Delavallet Bidiefono (Brazaville) «La danse nous relie avec les absents. Fort de cette conviction, DeLaVallet Bidiefono traite les corps et les voix comme des canaux vers un au-delà..» - une heure
25 juillet
  • 18 heures au jardin de la Vierge le dernier des programmes des sujets à vif
  • 22 heures dans la cour d'honneur Partita 2 une chorégraphie d'Anne Teresa de Keersmaker pour elle même et Boris Charmatz accompagnés par la deuxième partita pour violon de Bach jouée sur scène par Amandine Beyer

festival 2010
et j'en resterai là - j'ai supprimé ce qui était prévu le 26, parce que prendre un train aux petites heures le 27, changer une fois ou deux, se changer, recoiffer dans les toilettes d'une petite gare, trouver un taxi, faire un gros peu de kilomètres et arriver juste pour une messe de mariage c'est plus trop de mon âge...
Reste à trouver temps pour les expositions, à espérer que j'arriverai à avoir des grands passages des lectures dans le jardin de Calvet, à ne pas trop espérer avoir petites réserves de tonus et de temps pour le off – à ne pas me soucier de toutes les impasses que j'ai faites dans le in...
Pardon vous demande d'avoir affiché mon carnet de notes (comme ça le trouverai)

vendredi, mai 24, 2013

MOI, la lumière et le monde comme il va


Matin, reste de vent, pour faire frissonner feuilles, onduler les plis des parasols, reparaître les vestes 

Brigetoun repartie avec le sac à linge un peu plus plein que lundi, petit poids au bout du bras et humeur légère, secouée un peu par brèves rafales, juste pour se sentir être, dans le goût de l'ombre mouvante des arbres

des façades aux reliefs surlignés

Sortir de la boutique, un peu moins chargée que prévu, se bloquer en méditation prosaïque, regarder le ciel coincé entre maisons, en tirer suffisant vertige pour ne pas tenir compte de ses bonnes intentions...
budget du coeur du festival fait (mais il manque tous les imprévus), impôts payés, petits désirs pointants, dépenses différées jusqu'en juillet – invitations à des ventes privées dans le sac, mais futilité de vêtir carcasse tordue sous face tordue – souvenir du surgissement de la sorcière

(à peau mouchetée gommée par le noir et blanc, c'était une invention de ce sacré appareil) sortie d'une envie de garder trace pour moi d'une humeur exceptionnellement mutine... que j'ai regardée avec un peu d'effarement, avec laquelle me suis réconciliée puisque suis en elle,

aux timides illusions de laquelle ai dédié grimace ironique (les yeux gardant une vivacité de poissons)

mais la tentation était grande - et puis, penser mariage à la campagne, penser tout de même à vêtir la fausse grand-mère (rencontrer une vraie grand-mère avec laquelle ai copiné), alors, sur mon chemin suis entrée dans une boutique pour tuer un fantasme journalier (la plus petite taille est beaucoup trop grande pour vous), suis entrée chez Ventilo pour entendre même avis, plus aimablement exprimé..

Seulement, chez Cotelac, honteuse des trajets faits par un charmant jeune-homme pour aller quérir les tailles zéros des deux seules robes à manches longues, bien sévères, ai fini par me laisser tenter par la taille 1 d'une des robes les moins chères, une des plus sages, avec suffisamment de manches pour cacher les bras, avec suffisamment de douceur dans la retenue très dame-bien pour que je ne baille pas.... et suis rentrée avec honte pas trop virulente (une cagoule verte ou orangée serait très bien, mais je crains que ce ne soit pas la solution la plus discrète)

(garde les images, pour me souvenir de ce que l'on voit)
Après midi entre tri, rangements, contemplation des boutons pour les forcer à éclore, coups d'oeil aux nuages qui nous reviennent, stations immobiles dans les grands trous de soleil, et une tentative de comprendre vaguement l'état actuel de Dexia.
Les nouvelles du jour (le Monde à 13 heures)
alors qu'on se souvient de l'existence de Dutilleux puisqu'il est mort,
mort de Georges Moustaki le chanteur du Météque
Londres, scènes de chasse aux immigrés après l'attaque (à Woolwich)
l'extrême droite radicale en ébullition (France)
en Suède, les violence urbaines révèlent le déclassement des banlieues
attentat de Boston : un Tchétchène abattu par le FBI durant son interrogatoire
affaire Tapie «le sort de Madame Lagarde ne m'intéresse pas du tout» (dixit Tapie)
amiante : mises en examen confirmées dans l'affaire Eternit
Niger : un site d'Areva et une base militaire ciblés par deux attaques suicides
Yasmina Reza et Kevin Powers lauréats du premier Prix littéraire du Monde
l'armée française enquête sur l'échec inexpliqué du lancement du missile M51
de Virgin à Huis Clos, la série noire des grandes faillites
Cannes : «la bataille de Solférino» et «la fille du 14 juillet» deux premiers films irrévérencieux
une majorité d'enfants ne connaissent ni betterave, ni poireau, ni courgette
la chute de la Bourse de Tokyo, premier coup d'arrêt à l'euphorie boursière
et Brigetoun ajoute, entre autres, que, contre toute raison et nos espoirs vacillants, fort peu de décisions, et bien peu efficaces, sont sorties de la réunion des chefs d'Etat européens pour la lutte contre l'évasion fiscale
N'y pouvons rien, pensons y, tenons nous quiets et le coeur léger

jeudi, mai 23, 2013

Ventelet, vent forcissant



Marche heureuse le matin dans le bleu, dans le vent sans violence, faisant onduler les masses feuillues, dans une chanson, une montée de violons, loin des mugissements qu'il nous inflige parfois

Lumière posée comme des étincelles sur les feuilles qui émergent entre deux masses d'ombre douce
Cheveux des femmes en énergique danse

Jeu de l'air avec un voile de chantier en partie arraché, qu'il fait danser contre le bleu,
légèreté du filtre dansant avec une presque langueur.
Et au fil du jour petit vent prenant force, les arbustes de la cour passant du menuet aux secousses du Sacre du printemps
La face dans la béatitude tiède après le déjeuner, les épaules frissonnant de frais à l'heure du thé.
Rude musique en houle, ponctuée de claquements.

Météorologie d'un jour dans ma ville.

mercredi, mai 22, 2013

Printemps, raison tordue, ciel et Rhône, rose, laurier et fleurs pendues


Au matin, bouche pleine d'un toast délicieusement friable et de miel, suis allée voir les deux premières ébauches de roses qui avaient fendu leur cocon vert

Au matin, j'ai levé les yeux, regardé le ciel, l'ai trouvé bien beau (mais plus doux que sur cette photo, je n'aime pas beaucoup la tendance au travestissement qu'a mon nouvel appareil)
Me suis souvenue, dans mon crâne qui se mettait en route avec des à-coups, une pensée au chemin baroque, anarchique et embrumé, d'avoir écrit qu'il me fallait arroser, lundi soir, puisque le ciel faisait grève... me suis demandée pourquoi pensais qu'il faisait grève en privant de pluie mes plantes le lundi de Pentecôte
mais parce qu'il s'abstenait ce jour là sans avoir d'excuse pour prendre liberté avec la loi pour les vieux débilités
mais s'il n'avait pas d'excuse c'est que la fête religieuse ne le concernait pas
alors, le ciel est athée ?

En méditant cette question profonde, ai mis des croquenots (prévision), une veste de toile, et suis allée, l'admirant, lui et le jeu des petits nuages..

ai traversé le trou nommé poterne, 

me suis extraite de la ville,

pour, à travers les plantes enserrées par les bretelles, les voitures, aller voir le Rhône.
Michel Benoit http://avignon.midiblogs.com/archive/2013/05/20/descreissenco.html et Françoise Dumon, mes guides en Avignon http://avignon-etats-lieux.blogspot.fr/2013/05/le-rhone-hautes-eaux-encore.html avaient fait de belles photos de la décrue entamée, belles et qui avaient éveillé en moi une vague envie de clapotement, glissade dans la boue, choses détestables sauf quand deviennent délectables d'être choisies.

J'ai bien trouvé le limon mon frère (nom de ma rue, proche) sur la petite pente entre l'herbe et la promenade sur la berge

mais j'avais un jour de retard et la plus grande partie était maintenant bien sèche,

enfin pas toute et à défaut de glissades ai joué aux pieds collés

Les ponts sortent peu à peu leurs pierres du Rhône

Les bateaux vont être débloqués

et le fleuve promène dans les herbes un petit courant de boue.

Ai salué, par dessus l'eau, l'île et sa promenade retrouvée 

et m'en suis revenue vers la ville

à travers l'herbe et les fleurs du printemps.

Accueillie dans la ville par les plantes exposées devant mon fleuriste, dansé ma tentation de l'une à l'autre, eu forte envie d'un nouveau bougainvilliers à tuer dans la cour, renoncé (trop fragile et trop cher pour le moment), vu un petit jasmin...

suis entrée pour une attente longuette pendant qu'une grosse livraison se décidait, en regardant dans cette caverne merveilleuse, de beaux lis, des orchidées, des plantes aussi séduisantes qu'anonymes pour l'ignare que je suis, et des fleurs pendues ou acrobates qui jouaient avec des bulles de verre...

et puis suis rentrée, cachée derrière un laurier blanc, pas somptueux mais qui me plaît, l'ai installé et en son honneur ai passé une petite heure à tenter de récupérer les carreaux très sales de la cour.
Le ciel, lui, a montré qu'il n'avait pas l'intention de rester inerte et les petits puis gros et sympathiques nuages se sont transformés en une couverture unie... évanouie en fin d'après-midi.
Et tant pis si mes photos ne valent pas celles de mes amis plus talentueux et mieux équipés (décidément je n'aime pas cet appareil, vais le garder en appoint pour les caprices de l'ancien)

mardi, mai 21, 2013

Plaintes, cris, heurts et vérités d'antan, en long pillage


Brigetoun le vieil hibou égoïste n'avait pas réalisé que ce lundi était lundi de Pentecôte, et donc férié n'en déplaise à une décision du précédent gouvernement... est partie avec le sac à linge, des draps et les dernières robes de lainage léger, a trouvé que la boutique était bien sombre, que la poignée était bien dure, a réalisé et comme les jambes étaient joyeuses de cette petite marche, comme le ciel était beau, a fait un petit tour pour rentrer, a cueilli quelques images qui lui semblaient en rapport lointain avec le long compagnonnage de dimanche....
Comme voulais enfin passer outre blocage pour le texte destiné aux vases, à mon complexe à l'idée de m'installer sur le blog invitant, à ma constatation navrée que, sur un thème qui me plaisait fort, ne me viennent, et avec une force qui m'interdit toute dérive, que des idées universelles et banales... je suis donc allée consulter ces messieurs de la Pléïade (qui ressassent également en fait les mêmes idées, mais tant bien), Ronsard bien entendu, en survol accroché par les poèmes que connais le mieux, Jodelle, rapidement Ponthus trop savant, le gentil Du Baïf et puis enfin le très cher Du Bellay, seulement, chez lui, après quelques chansons, un peu de pétrarquisme et de théorie, me suis retrouvée dans les Regrets et, je crois pour la première fois, les ai tous lus en attention ravie.


Parce qu'après avoir dit
Si quelqu'un dessus moy sa cholère délasche,
Sur les vers je vomis le venin de mon coeur...
il donne libre (mais mesuré bellement) cour à ses plaintes et ses rages... et ce lundi, ai délaissé ce que m'étais ordonné, puisque c'était jour férié, pour faire brève cueillette, frustrante, un peu au hasard...
Je n'adore les biens, et sers à l'avarice,
Je n'ayme les honneurs, et me les fault priser,
Je veulx garder ma foy, et me la fault briser,
Je cherche la vertu et ne trouve que vice 

Icy du faulx et vray la messagère court,
Icy les courtisans font l'amour et la court,
Ici l'ambition, et la finesse abonde ;
-
Icy la liberté fait l'humble audacieux,
Icy l'oisiveté rend le bon vicieux,
Icy le vil faquin discourt des faicts du monde
ou, avant de parler des pauvres filles et de la guerre
Suivre son Cardinal au Pape, au consistoire,
En capelle, en visite, en congrégation
Et pour l'honneur d'un prince, ou d'une nation,
De quelque ambassadeur accompagner la gloire.

Ne suivre en son parler la liberté de France,
Et pour respondre un mot, un quart d'heure y songer..
ou
Seigneuriser chacun d'un baisement de main
Et suivant la façon du courtisan Romain,
Cacher sa pauvreté d'une brave apparence
et l'ai abandonné avant que par Venise, Marseille, Lyon il regagne Paris, la Loire, la cour, non sans petit déchantement...

pour m'en aller dans la violence de son cadet guerrier, Agrippa d'Aubigné et «Les tragiques»
Quand le tyran s'esgaie en la ville qu'il entre,
La ville est un corps mort, il passe sur le ventre,
Et ce n'est plus du laict qu'elle prodigue en l'air,
C'est du sang.... 

et le tableau charmant qu'il fait de la reine
Elle infecte le ciel par la noire fumée
Qui sort de ses nazeaux ; ell' haleine les fleurs,
Les fleurs perdent d'un coup la vie et les couleurs,
Son toucher est mortel, la pertifere tüe
Les païs tous entiers de basilique veüe... (passage où il fait preuve d'une sage et inhabituelle mesure)

ai continué, sautant, picorant, jusqu'à trouver la louange des martyrs de son camp, et de cestuit qui me ramenait près de ma cour
Du paumier d'Avignon, lié dans une cage
Suspendue au plus haut de la plus haute tour.
La plus vive chaleur du plus chaud et grand jour,
Et le nuit de l'hyver la plus froide et cuisante,
Lui furent du printemps une haleine plaisante...

Alors, dans la cour, dans le soleil, à côté du rosier qui laisse filtrer un peu de rose dans les fentes de ses boutons, ai relu la sagesse de ce texte formidable qu'est le «Discours de la servitude volontaire», et son éternelle vérité
On ne regrette jamais ce qu'on n'a jamais eu. Le chagrin ne vient qu'après le plaisir et toujours, à la connaissance du malheur, se joint le souvenir de quelque joie passée. La nature de l'homme est d'être libre et de vouloir l'être, mais il prend facilement un autre pli lorsque l'éducation le lui donne.
..
Le grand Turc s'est bien aperçu (a fait des émules) que les livres et la pensée donnent plus que toute autre chose aux hommes le sentiment de leur dignité et la haine de la tyrannie...
et comme l'étrange tenue ni la compagnie de ceux qui la portent n'existaient du temps d'Etienne de La Boétie je n'ai pas à lui promettre, l'assurer, qu'il n'y a nulle malice dans le choix de cette image, que c'est le fruit du hasard.
Ne me reste qu'à demander pardon aux vaillants qui ont suivi ma divagation (et aller arroser puisque le ciel a fait grève)