mardi, septembre 27, 2016

fin septembre

cheveux dans le vent
tenir jupe qui danse
soleil sur nuque
des sourires échangés
et des pulsions de rage
sans raison
que l'âge
deux hommes, avec soin et délicatesse, soignaient le dessin futur de la frondaison des platanes lors de leur renaissance printanière

lundi, septembre 26, 2016

détachée

j'ai passé le jour (qui était beau, presque chaud et quiet)
et là à minuit, mettant en ligne ce que j'ai écrit ce matin
trouve cela si stupide,
oui vraiment, que le supprime
j'ai dû grandir

et vous salue

dimanche, septembre 25, 2016

le manteau

embrouillamini, qui n'est celui des cheveux lavés ce matin
qui est le mélange de ma rage d'avoir perdu une dent de ma très onéreuse bouche de quelques mois, et de mon hésitation à encombrer internet avec quelques lignes sur Paumée, à seule fin de déranger quelques gentils visiteurs…
Alors, juste, suis allée en fin de journée à l'opéra pour le second spectacle venu de Saint Pebersbourg (il y avait aussi des marionettes au Chien qui fule et il y aura un spectacle de grand ballet classique auquel n'irai pas).
Il s'agissait cette fois d'un ballet le manteau proposé par la Compagnie Kanon Dance

Je reprends la présentation qu'en donne le site de l'opéra (rien trouvé d'autre concernant la compagnie) ainsi que la photo qui l'accompagne
Ce spectacle est dédié à Marcel Marceau pour son 90ème anniversaire, en hommage au mimodrame Le Manteau, tiré de la nouvelle éponyme de Gogol, l’histoire d’un petit fonctionnaire, Akaki
Akakievitch Bachmatchkine, souvent montée dans le théâtre russe.
La danse s’empare cette fois-ci du texte de Gogol, dans une forme de narration novatrice. Les réalisateurs du spectacle ont introduit des questionnements sur la société moderne tout en conservant les thèmes chers à Gogol : la tragédie du « petit homme », l’inhumanité du mécanisme bureaucratique, la discrimination, le rapport à la religion ainsi que les questions sur l’ égalité homme-femme.
Une danse qui se voulait peu gracieuse pour être mime, un mime qui voulant être danse perdait de son intelligibilité mais un ensemble plutôt réussi, deux clowns, des crachats, des coups de pied au cul, des plaisanteries un tantinet plates, un peu de théâtre parlé pour que l'histoire du manteau soit discernable, des moments de grâce, du hip hop, un chanteur … j'étais, je crois, plus convaincue que par la série de courtes pièces
et le sourire d'un comique involontaire, l'équipe de quatre personnes dans la cabine des lumières n'avaient pas complètement coupé leur micro.
Et puis retour dans une nuit tiède

samedi, septembre 24, 2016

Prélude au théâtre

matin supportais mal le monde, tout et Brigetoun, moins encore le faubert, au sens large le faubert, m'en suis allée me défouler en une courte visite à mon grand voisin
la lumière était belle, l'air assez doux et très calme, surtout avec mon petit cardigan blanc en coton si doux et tendre qu'on croirait de la laine, des pigeons paressaient dans l'herbe si quiets que ne les dérangeais pas mais comme la lumière belle me cache tout ce que voit mon appareil ils ont échappé à ma capture.
Ai fait quelque pas au dessus du fleuve, et puis m'en suis retournée en enjambant les fleuves d'asphalte qui me séparent de lui.

Et en fin d'après midi, ce qui est maintenant le début de l'idée de crépuscule, pour mettre un second orteil dans la «saison» théâtrale, m'en suis allée vers le théâtre des Halles, prendre ma carte d'abonnée et assister au premier spectacle invité Looking for Lulu de la compagnie Véhicule, parce que Lulu en version théâtrale éveillait ma curiosité, parce que chez Timar les invités sont généralement de qualité 
Curieuse donc, avec envie de théâtre, et munie d'un tout petit bagage :
- le texte, trouvé en émergeant de la sieste, de l'appel de fonds de la compagnie sur KissKissBankBank
Looking for Lulu est une nouvelle création née de la rencontre entre Sabrina Bus comédienne et Natascha Rudolf metteure en scène. Elles ont travaillé, avec toute l'équipe, à une adaptation contemporaine et dépouillée de la première version du texte de Wedekind. Toutes deux issues de fratries de 4 filles, riches de leur point de vue de femmes attentives à leur liberté, elles s’emparent de Lulu. Comment cette figure-miroir au féminin de Dom Juan évolue-t-elle dans un monde conçu et dominé par les hommes ? La singularité et la force du projet sont aussi là : ce texte n’a été monté que deux fois par des femmes.... une adaptation précise, avec un point de vue fort. Resserrée en 2 heures, autour de 5 acteurs (4 hommes & 1 femme) et 2 villes, les personnages principaux sont là : père, frère, mari, amant
- et le teaser du spectacle (trouvé en même temps)
Une attente dans l’ambiance agréable de ce théâtre où me sens bien, entre conversations dans la douceur du jardin en regardant le ciel s'effacer et calme sous la garde des oeuvres d'Alain Timar
une salle aux deux tiers remplie (l'autre représentation, la veille, était presque comble, la rentrée des avignonnais se fait doucement) et le spectacle avec ce qu'on pouvait attendre de cruauté, de sentimentalisme, de cynisme tranquille, provoquant quelques petits rires dans la salle, des larmes, une mise en scène simple, évidente mais allusive (les morts sont aussi peu réalistes que possible), une table, des portants, quelques chaises, un bel engagement des quatre bons acteurs masculins (spécialement Benoit Hamelin qui incarne successivement le premier mari de Lulu et son père), et de Lulu (entre autres noms puisque chaque homme la rebaptise) incarnée avec un mélange d'amoralisme, d'innocence apparente et de fougue par Sabrina Brus.
Un spectacle bon mais pas exceptionnel, qui n'est peut-être pas tout à fait assez énergique, tendu.
Et un retour par les rues vides entre les ilots des terrasses de restaurant peuplées, un piano dans la cour de l'Hôtel d'Europe, une envie de m'asseoir sur un plot et de l'écouter en regardant la nuit et la vigne vierge.

vendredi, septembre 23, 2016

Se rajeunir

feuillages ternis
contre le ciel bleu dur
préparent le roux
paumée mon recours
contre la sénilité
- la crainte de ses dégâts -
devient mon poison
en disparaissant tout doux
devenant plus médiocre.
Avec ma logique, me suis rajeunie considérablement en allant à l'Opéra, pour le début d'un échange entre Saint Saint-Pétersbourg et Avignon, assister à «Petites tragédies», spectacle créé en 2015, donné par le Théâtre Bryantsev des Jeunes Spectateurs (théâtre pour enfants et adolescents de Petrograd comme se nommait alors, fondé en 1922)
spectacle composé de quatre courtes pièces
Le Chevalier avare (évoque les relations entre un père avare et son fils miséreux, malgré l’ or qui repose dans le sous-sol du château de son géniteur.)
Mozart et Salieri (met en perspective le génie de Mozart et l’ application laborieuse de Salieri en posant la question suivante : le génie et le mal sont-ils deux choses incompatibles ?)
Le Convive de pierre est tiré de Don Juan,
et Le Festin en temps de peste, d’Alexandre Pouchkine, le plus grand poète russe, fait référence à une ville médiévale où sévit une épidémie de peste.
Alors que dire .
Que j'ai bien aimé la stylisation, le fait que tout se joue dans un décor unique (même si finalement pas excessivement épuré vue la taille des éléments, un sol de sable, des coquillages et ossements humains gigantesques, une utilisation parfois du rideau pour rendre l'espace plus intime) la troupe vêtue de noir (avec comme pour le reste un disparate de styles et d'époques, décontracté, sans chercher à faire sens) assurant entre mime et danse le prologue, les passages d'un spectacle à l'autre, intervenant parfois, une certaine grâce, un humour plus ou moins léger.
Que j'ai moins aimé l'inégal talent des acteurs, la simplification qui fait que le sens et l'intérêt – à l'exception peut-être de Mozart et Salieri, plat et agaçant parfois, mais qui a su déborder un peu dans autre chose, un peu de folie, des traces de sacré mêlé de bouffonnerie – sont si ténus qu'on a un certain mal à les trouver, des moments d'enlisement avec quelques vagues sourires.
Il faut dire que le sous titrage n'aidait pas, complètement fou lui, en retard de plus de dix minutes parfois, et qui se rattrapait en galopant si vite qu'il était hors de question de le lire..
Un agrément par contre : comme le public était presque squelettique, suis descendue au premier balcon – j'avais décidé de faire une économie – pour me mettre sur le côté, et j'ai été rejointe peu à peu par tout l'état-major, les acteurs ou danseurs de la tournée – ai vu deux ou trois personnes très élégantes et me suis permis le plaisir futile de trouver cela agréable.
Ceci dit, après avoir vu les trois premières pièces, suis sortie pour l'entracte et il a suffi à mon crâne de trois bouffées de cigare pour décider que c'était une expérience à tenter mais que cela suffisait comme ça et suis rentrée, tant pis pour Le festin en temps de peste... j'en resterai au Decameron.

jeudi, septembre 22, 2016

Trottiner dans la ville, et retrouver l'abandonnée


prendre Brigetoun, sa tristesse idiote de ces jours, un veston léger sur un cardigan sur un tricot de corps, un couffin, un appareil photo et s'en aller dans le frais bleu qui chuchote automne, et lancer le tout dans la rue
rencontrer orgueil et modestie,
et remplir un couffin et un sac de nourritures simples pour cajoler carcasse, un peu à la va comme je te pousse, en essayant de faire vivre en imagination un sourire de pierre destiné aux cosaques, et de pénétrer dans la maison témoin qui n'a pas voulu de moi aujourd'hui, parce que ne savais vraiment qu'y faire...
et puis reprendre, dans les portraits publiés par les Cosaques des frontières http://cosaquesdesfrontieres.com, l'abandonnée
L'abandonnée
Elle avait gueulé, un peu, s'était retenue au bord de la perte de contrôle. Elle avait ironisé, un peu, s'était retenue avant de tourner à l'aigre. Elle s'était tue, elle avait répondu par monosyllabes à ses inquiétudes un peu tardives, mais pas à ses explications, ses presque excuses.
Et puis, seule, elle s'était effondrée.
Non, elle s'était presque effondrée, elle avait un peu pleuré, et puis la radio lui avait dit qu'il était temps. Alors elle avait mis sa tête sous l'eau, avait fini de s'habiller, avait mis du rouge à lèvres en espérant cacher ses yeux, et avait plongé dans le jour.
Elle avait été extraordinairement attentive, focalisée sur son travail, sur ce qu'on lui disait, avec juste un petit retard dans la réponse, mais pas au point d'avoir l'air égarée, perdue, elle l'espérait, d'ailleurs ses interlocuteurs n'avaient semblé rien remarquer. Elle avait eu simplement un peu plus de mal encore que d'ordinaire à rire aux plaisanteries attendues, mais comme elle avait la réputation d'être un peu coincée – elle avait entendu un commercial la qualifier ainsi un jour, s'était vexée instinctivement, en avait été contente en réalité... Et pendant ce temps il y avait ces noeuds dans la gorge, ce creux dans le ventre.. et elle regardait ses mains, étonnée de les voir si fermes.
Sur le chemin du métro, l'amie, la fille avec laquelle elle le prenait, chaque soir, pour se séparer au bout de quatre stations, lui avait dit : «tâche de passer une bonne nuit, ma belle, tu as l'air si fatiguée», et en répondant «ah, tu trouves ?» elle avait senti sa voix se casser et le «non, ça va..» n'était pas sorti, au lieu de cela elle avait senti, avec fureur, ses yeux se creuser, devenir humides malgré ses efforts.
L'autre s'était inquiétée, avait insisté, elle avait souri, un peu de travers, et puis presque vraiment, et temporisé.. «je t'en parlerai.. mais ça va, tu es gentille, ne t'en fais pas..» et comme le métro arrivait à sa station elle était descendue, sans répondre à la proposition d'hébergement «- si tu veux, pour ne pas être seule.»
Elle avait échangé un bonsoir avec l'épicier, était montée chez elle, était restée immobile, là dans l'entrée, la porte fermée, elle ne savait pas combien de temps.
Elle avait enlevé manteau et chaussures, elle était allée dans la cuisine, parce que c'était l'habitude et puis qu'il fallait bien. Elle s'était appliquée à ne sortir que le strict nécessaire pour une personne, seule et qui n'avait pas faim.. et puis le téléphone avait sonné. Elle avait senti le bond que faisait non pas son coeur mais tout son corps, son attente, elle s'était forcée à marcher lentement, à décrocher calmement.
C'était sa mère. Et comme toujours elle était bavarde, d'ailleurs elle avait beaucoup de choses à dire, et intéressantes bien sûr, oui elle était contente que les enfants aient aimé la promenade à l'île, oui elle espérait qu'ils n'étaient pas trop fatigants, non leur père ne pouvait pas venir les reprendre samedi, il y avait un empêchement, mais elle s'arrangerait, elle rappellerait, oui demain soir, sans faute, oui merci de les lui passer, et elle avait mis toute la gaité qu'elle pouvait dans sa voix pour leur répondre, d'ailleurs la leur de voix la faisait sourire..
Et maintenant là, après avoir jeté dans l'évier la soupe en boite qu'elle faisait réchauffer, après avoir rentré dans le réfrigérateur ce qu'elle venait d'en sortir, après avoir enlevé son chandail, elle est assise, ses épaules rondes un peu fléchies supportant, au dessus des bras raidis, le dos qui s'affaisse, elle reste là, le corps relâché, ce corps qui se sent humilié, ventre plissé, nuque ployée et visage qui s'absente, les yeux fixés sur le sol qu'elle scrute et ne voit pas, concentrée sur sa peine. Elle voudrait, niée qu'elle est, ne plus être, elle voudrait se sentir ne plus être, mais garde vaguement conscience de ses cuisses épanouies écrasées sur le siège, de ses forts mollets fermement appuyés sur le sol... et puis, peu à peu la fatigue la prend, elle roule à terre, elle s'endort.
Le lendemain matin elle a téléphoné à son bureau, s'est excusée, a dit qu'elle était malade... et puis elle s'est laissée, ou plutôt elle a voulu se laisser submerger, buvant ses larmes avec son café, gémissant un peu.
Elle avait trois jours devant elle.

Sur un bronze d'Alain Timar

mercredi, septembre 21, 2016

une adresse

Amie, vieille compagne
toi qu'ai trop aimée
toi que j'ai tant recherchée
en mon adolescence
tu pèses sur moi
je m'étais tant habituée
à ta compagnie
toi, chère solitude
point ne supportais
qu'on vienne te déranger
ai pris mes aises
me suis carapaçonnée
de toi, à l'écart
voilà que tu m'occupes
installée en moi
que tu te colles à moi
me paralyses
amie ne veux plus de toi
veux me libérer
amie, désolée je suis
amie, quelque temps
juste sans toi respirer
et tu reviendra
je le sais, te le promets