dimanche, juillet 23, 2017

Avignon – festival – jour 17 – les atrides par l'Italie, un peu écourté pour m'en aller en Tunisie

lavage cheveux, constat ahuri que reprends du poids, me ménage trop, mais en reste à parfaire le tas de repassage... cuisine, déjeuner tôt pour respirer un peu

avant de partir vers 14 heures pour Mistral en refoulant deux craintes, la clim mais il fait un peu moins chaud qu'en début de mois, et les gradins en pente douce (n'avais rigoureusement rien vu du court spectacle de danse, et le un peu plus d'une heure m'avait paru très long) puisque cette fois ce n'est même plus le troisième mais le septième rang qui m'attend... peut être la pente s'accentue-t-elle...) 
Une longue attente debout sous l'ombrage (ils avaient exceptionnellement décidé d'ouvrir les portes qu'au dernier moment, et par contre de nous presser pour l'installation... malgré quoi j'ai peu négocier une place au septième rang avec visibilité presque totale, un peu de gymnastique du cou simplement)
M'embarquer pour un spectacle qui dure 8 heures 50, entractes compris... mais que pensais et que j'ai écourté parce que n'ai pu trouver de place pour le 20 en remplacement du billet délivré pour le spectacle des Carmes, par erreur en date du 22 … ça me laisse largement le temps de refaire connaissance avec ces sacrés Atrides et la première partie (la seconde ce sera au premier rang le 26 juillet pour clôturer le festival in) des otti ritratti di famiglia, les huit spectacles autour des Atrides sur l'impulsion d'Antonio Latella (qui en prend en charge un, confiant les sept autres à de jeunes auteurs)... rencontrer Iphigénie (en Aulide), Hélène, peut-être Agamemnon, mais sans doute pas Electre (elle a tant de colères à assumer, elle me pardonnera)
Sur le site du festival, (les photos n'en viennent pas, elles ne correspondent qu'à la seconde série, que je verrai le 26... celles que j'ai trouvées sont de Brunella Giolivo
…… Au sein de ce qui est devenu Santa Estasi, un spectacle épique de seize heures réparties sur deux représentations, le metteur en scène italien reconnaît avoir voulu poser deux principes. Une équation intellectuelle : celle de parler de la famille au sein d'une société qui n'offre aucune régulation possible, doublée d'une réalité qu'il vit avec cette jeune équipe : travailler à la figure paternelle et être dans le concret de la tradition, de l'héritage et de la transmission. Une proposition qui, pour le nouveau directeur du théâtre de la Biennale de Venise, dit « clairement que nous devons nous libérer de la responsabilité de nos aînés pour trouver la nôtre et exister. »
Nous ne sommes pas dans la Grèce antique, mais dans un grand local sans charme, comme il y en a dans notre sud contemporain... Equipement de cuisine, radiateur en fonte, le reste variant d'une pièce à l'autre. Des acteurs jeunes. Un jeu un peu brutal, franc, qui ne joue pas le sacré, passablement dépourvu de recherche et sophistication (euh pas si sûr pour la recherche, et même pour un certain souci apparent d'esthétisme pour le ttroisième Agamemnon). Une sacrée famille qui se déchire (et dieu sait que ses luttes ont fait du bruit dans le monde, quitte à être ornés, poétisés, pour que le tragique latent vienne). Une volonté de vulgariser l'histoire jusqu'à la rendre vraiment vulgaire (Hélène et Ménélas, mais ma foi Offenbach était déjà passé par là), mais une superbe énergie, une familiarité avec ces personnages mythiques, un enthousiasme, une belle endurance (les acteurs eux assument les seize heures de spectacle)
Or donc, une première partie intitulée Iphigénie en Aulide (texte de Francesca Merli) mais, pour réponde à l'étonnement de Brigetoun, elle comporte en entrée le banquet offert par Atrée à Thyeste (stylisé mais tout de même assez trash), et puis le drame familial, l'affrontement Clytemnestre/Agamemnon et la soit-disant raison d'état, (le comédien qui interprète Atrée et Agamemnon, plus imposant physiquement, plus âgé, tranche par la qualité de son jeu sur ses camarades pourtant très bon) Iphigénie émouvante pendant le débat en fait peut-être un peu trop dans la douleur du sacrifice...
une bonne mise en train, avant le premier entracte dans la fournaise des espaces du Lycée, où certains se sustentaient, ou la plupart se disputaient sournoisement les coins d'ombre.
Seconde partie intitulée Hélène (texte Camilla Mattiuzzo), une Hélène défiant les notions de goût avec allégresse appelant, au nom de leurs femmes, les guerriers cachés dans le cheval puis s'adressant à Ménélas avec des remords assez distanciés, avant un passage sous-titré les Troyanes, une Cassandre un peu butée, un émouvante, bien sûr émouvante, et fort bonne Hécube, et puis les retrouvailles en Egypte d'un Ménélas démuni de tout au bout de sept ans d'errance depuis la chute de Troie et une Hélène et ses amies, maillots sous vestes de fourrure, et jolie ironie (le public s'amuse beaucoup) avant l'enl!vement de cette vraie Hélène, celle qui ne fut jamais à Troie par Ménélas, en final une danse, un rien cabaret gay, des Disoscures
Nouvel entracte, Brigetoun devançant les autres vers les lieux assez sommaires dits de nécessité, et enchaînant sur un café imbuvable... ce qui n'avait aucune importance (si ce n'est pas du reportage...)
La troisième partie Agamemnon, sans doute ma préférée (tellement que me disais puisque cela devient mieux de texte en texte, je devrais tenter de rester pour Electre, mais je voulais vraiment aller aux Carmes) de Roccardo Bonino, plus lyrique (y compris deux longs choeurs des compagnons d'Agamemnon assis sur des chaises posés sur une table comme sur les bancs d'un bateau et rythmant de forts coups des bâtons qu'ils tiennent en main sur le fond de la coque ou la table, choeurs en grec pour le premier que Clytemnestre traduira, en italien pour le second traduit par le minable Egisthe qui pour se faire arrête de se tordre à terre, et avec une direction d'acteurs qui tient de la chorégraphie, le ton reprenant un peu lien avec ce qui précède pour la mort d'Agamemnon dans sa baignoire (bon tout ceci est très pauvre.. suis navrée, guère capable de faire mieux cette nuit... et sans doute avec davantage de temps et de décantation)
M'en suis donc allée, un peu en avance mais ne voulais pas couper un épisode, vers le théâtre des Carmes, en galopade instinctive et au fond inutile, à travers la ville en festival, dîner et flânerie, vers la place des Carmes
juste au moment où la longue file commençait à entrer, 
le cloître, une place au milieu du premier rang et pour une heure Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire de Radhouane El Meddeb, revenant en Tunisie, après ses nombreuses années parisiennes... Face à des questions qui abordent le départ, l'absence, la solitude, le chorégraphe ressent le besoin viscéral d'interroger sa double culture et la rupture qui la constitue en créant Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire avec des artistes tunisiens.
Spectacle que, ne sais trop pourquoi, si, par sympathie, pas si fausse fraternité, ne voulais manquer.
Texte sur le site (comme les photos de Christophe Raynaud de Lage)
Des hommes, des femmes tournés vers la mer. Ils regardent, s'adressent à cet espace à la fois réel et fictionnel, à cette culture du littoral qui du Liban ou de la Tunisie placent les êtres face à une immensité que l'on fête, accable ou rêve... La mer que l'on contemple, ce sont aussi ces rangées de spectateurs à qui l'on s'adresse mais que l'on ne voit plus. Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire est l'histoire d'un homme, d'un Tunisien mais aussi français qui raconte une identité multiple.... Revenir, dire son tumulte émotionnel, danser sa colère face à un pays qui laisse les classes pauvres aller vers les extrémistes, c'est le chemin que le chorégraphe assume. En révélant une vision de la Tunisie moderne en prise avec une histoire ambiguë, la pièce dit le deuil personnel mais aussi universel. Dans l'espace presque vide du plateau, la présence du texte et de la musique racontent l'échappatoire qu'offre l'eau. Que ce soit après une journée de travail, avant de prendre une décision, cette immensité reste toujours le lieu que l'on contemple, auquel on s'adresse et auquel on livre soucis, incertitudes et rêves de politique et d'absolu.
Un spectacle un peu minimaliste, les danseurs qui se déplacent, se croisent, se regardent, un piano et un chanteur (chansons que nous ne comprenons pas faute de parler l'arabe, pas davantage que les quelques prises de parole), des portés, deux moments de danse échevelée, un homme presque désespéré, à la limite de la chute, en violence et une des femmes (qui parle dans un français très rapide et assez peu compréhensible, semble proposer des actions, des solutions, devant le statisme gentil et poli des autres) et la danse martelée des hommes se tenant par les épaules... et avec cela une émotion qui passe.
Deux saluts et sortie sur la place qui dîne encore
retour dans la ville en fête.

samedi, juillet 22, 2017

Avignon – festival – jour 16 – halles pour nécessaire et jardins pour regarder, écouter

sous couverte mouvante et dans la lumière frisante s'en aller couffin en main par les rues encore très calmes
prendre de l'argent à l'heure où les premières files de spectateurs entrent dans les salles du Roi René
et remplir couffin (trop déjeuné du coup) en m'amusant de voir les sièges disposés, comme une réclame, par un vannier et rempailleur dans l'allée centrale des halles être investis par les postérieurs plus ou moins importants de touristes déjà fatigués
Puis m'en revenir vers l'antre
Sortir en milieu d'après-midi pour aller une dernière fois retrouver le jardin de la vierge du lycée saint Joseph
pour le dernier programme de sujets à vif avec un vrai plaisir et un plaisir évaporé (photos Christophe Raynaud de Lage, as usual)
le vrai plaisir Bâtards (petite forme éducative) de Mathieu Desseigne-Ravel (devenu acrobate dans une MJC avignonnaise, a travaillé avec Alain Platel, membre de Naïfs Productions) vrai contorsionniste (et capable de se présenter, dans la foulée de la mise en place des spectateurs, auxquels il a distribué les programmes, comme un émissaire de la mairie pour affirmer la présence de l'immobilier avignonnais dans la culture, et d'inventer une fable édifiante sur le jardin de la vierge, en me faisant croire à la vérité non de la fable mais de l'imposture) et Michel Schweizer (scénographe et chorégraphe, qui se joue des limites et des relations qu'entretiennent art, politique et économie en portant un regard caustique sur la marchandisation de l'individu et du langage) qui intervient pour relativiser, et cela s'enchaîne sur une invention le fil de fer barbelé, sur ses perfectionnements, sur les limites des territoires sur... pendant que l'un fait subir à son corps des positions étranges, qui peuvent être tentatives de passage ou corps endommagé, l'autre fait part de ses recherches, mêlant la langue de bois à sa dénonciation déguisé.. et c'est savoureux
pour le second au joli titre l'éclosion des gorilles au coeur d'artichaut de Jann Gallois (a commencé la danse par le hip-hop, a fondé une compagnie, signé deux chorégraphies, créé un duo Compact avec Rafael Smadja) et Lazare (auteur, metteur en scène, formé à l'improvisation et au Théâtre du fil, a fondé une compagnie Vita Nova, créé une trilogie)
présentation sur programme de salle
À l'extérieur, il y a deux corps disproportionnés, deux voix dissonantes, deux univers lointains. À l'intérieur, les sensibilités convergent : elles se découvrent de la même taille, prêtes à foncer, à dériver, à chavirer même, si possible. Toujours curieuses, parfois sauvages, les âmes ondulent sur leurs jambes dans une jungle d'émotions, entre interludes à grand bruit et luttes internes dans le silence.
Plaisir dans la plus grande partie de ces deux corps qui se ruent l'un sur l'autre, chutent, se raccrochent dans des positions invraisemblables, mais curieusement dès qu'interviennent les textes et dialogues, un peu décalés, qui pourraient être drôles et intelligents, quelque chose ne colle pas, s'ajuste mal (et le silence du public, concentré, perplexe ou s'absentant le marque)
un peu l'impression d'une possibilité gâchée, et un regret

leur salut (sont arrivés au mariage ou son idée)
et un retour à travers les rues à temps pour arroser, tourner un peu en rond, décider de garder l'immense chemise tente que j'aime bien 
et repartir, pensant être très en avance vers le jardin de Calvet, où l'on n'accède pour quelques soirs qu'avec billet (et en fait la queue était presque décourageante déjà) pour les récits-concerts de Rokia Taoré, accompagnée par Mamadyba Camara (kora) et Mamah Diabaté (ngoni) Dream Mandé - Djata
« Après chaque audience royale, un griot se lève et fait le récit de ce qui vient d'être accompli pour que la décision prise s'ajoute à l'Histoire. Son second est le dépositaire de cette parole, rendue aussi matérielle que le cuir, le fer ou la terre. Le griot ne doit dire que la vérité, que ce qu'il a entendu d'un autre griot. C'est aussi à lui qu'il revient de détruire la parole pour construire une autre parole – c'est-à-dire un autre royaume. » Rokia Traoré, au XXIe siècle, rend hommage à l'art multiséculaire des griots d'Afrique de l'Ouest : entourée de deux musiciens, elle raconte l'épopée de l'empereur Soundiata Keïta dans l'Afrique du XIIIe siècle. Son récit en français est entrelacé de scènes jouées, de récits et de chants classiques mandingues, tels qu'ils lui ont été transmis par des griots dont les familles ont conservé, de génération en génération, le trésor immatériel de l'histoire d'un peuple de tradition orale. Des prophéties annonçant la naissance miraculeuse de l'homme qui unifiera le Mandé, jusqu'à l'établissement d'une charte de droits par l'empereur décidant d'asseoir son règne sur le respect et non sur la cupidité ou la violence, un étonnant récit venu du lointain passé de l'Afrique où le continent se construisait déjà sur la base d'énergies et de synergies propres.
J'avais, après avoir salué en passant la petite statuette d'Ousmane Sow qui n'était pas encore en place lors de ma visite, obtenu une chaise au premier rang sur le côté, mais comme j'étais gênée par le pied d'un projecteur, et pas mon voisin italien à catogan qui aurait été charmant sans son intérêt prononcé pour son smartphone, qu'il s'obstinait à consulter et que mon regard ne pouvais éviter avant de parvenir à la scène, me suis levée après un échange de regard avec les jeunes responsables pour m'assoir, sur le côté de la scène, dans un fauteuil de jardin en fonte, 
juste à la distance raisonnable pour entendre correctement le récit dit en français, les chants en mandingue, hors du regard des autres, et bénéficiant de la vision en profil un peu lointain de Rokia Traoré en princesse d'or sombre (photo Danny Willems) et de sa grande ombre noire, bras fins lançant le son ou caressant l'air, sur le mur de l'orangerie
Et les cigales déchaînées vont plutôt bien avec la kora et le ngoni...