vendredi, février 24, 2012

lectures


J'engraisse et bouge peu –
lavage du sol - cire sur meubles (parce que plaisir) – en un peu plus d'une heure, enfiler deux aiguilles, les mains tremblantes, et le coeur en vertige, coudre deux boutons, dont l'absence était par trop évidente, sur vêtements trop récents, pour y renoncer – envoyé compte rendu, que trouvais mauvais, qui est accepté, ô gentillesse – tourné autour du vase (le communicant), thème séduisant, fait pour moi, incapacité grande, timidité, ou mon incapacité - porté tas papiers (en constante prolifération, malgré le numérique) aux remparts.
Le soleil, la douceur, un ciel bleu, salué le mirador, ou cet étage qui me fait rêver. 

Profite de ce rien, pour tenter d'inciter à la lecture (une de mes dernières) du fort et beau dernier opus de Lutz Bassmann «danse avec Nathan Golshem» (en recyclant lâchement ma petite note sur Babellio) (et j'en ai pris un passage pour Brigetoun, mon blog-textes http://brigetoun.wordpress.com/2012/02/21/le-diseur-public/ )
À date fixe, dans la mesure où l'état de décomposition du monde le lui permet – donc à quelques jours près -, Djennifer Goranitzé se rend sur ce qui pourrait être la tombe de son mari Nathan Golshem, danse en tapant le sol jusqu'à ce qu'il vienne à elle,
«Elle n'avait plus d'âge, et plutôt qu'un reste d'existence avant son propre décès ce qu'elle parcourait désormais était une éternité fractionnée mais circulaire, avec des périodes de sommeil, des trous noirs, des surgissements de conscience, des évanouissements, des plongées dans l'au-delà, d'interminables voyages et, pour marquer la fin d'un cycle, des retrouvailles rituelles et difficiles avec son mari, ou du moins avec l'ombre qui se matérialisait devant elle pour parler avec elle et se souvenir.»
et pendant quelques jours, dans une cabane qu'elle recrée chaque fois, ils se souviennent, évoquent ou créent les compagnons, les événements de leur vie de lutte.
«La côte était en principe contrôlée par des troupes placées sous mandat international, au-delà d'un no man's land où l'ennemi avait réalisé un programme d'éradication de la pauvreté et donc des pauvres. L'éradication n'avait pas été menée avec un gant de velours, et, quand on devait parcourir la région, il valait mieux avoir un caractère bien trempé et l'habitude de contempler des horreurs.»
Un texte d'une construction affirmée (alternance de chapitres plus ou moins courts intitulés danse ou du nom d'un personnage), mais souple : l'alternance n'est pas régulière, deux épisodes pouvant intervenir entre deux danses, rendant plus musical le rythme.
Une langue inventive, sensible et claire, un monde dont le post-exotisme nous semble peut-être tout spécialement proche cette fois.
«Les slogans nous incitaient à respecter notre prochain et, si possible, à l'aimer, en particulier s'il était riche ou hiérarchiquement supérieur à nous, ou membre d'une communauté ethnique non sous-humaine. Nous n'avions pas le temps de les lire tous, car nous étions occupés à nous habiller, mais nous devinions au-dessus de nous leur présence autoritaire.»
«Avec une générosité un peu ostentatoire, ces individus nous distribuaient les surplus périmés de leurs métropoles impériales, leur viande en flocons, leur lait granulé, leurs produits rances, leurs peluches grotesques, leurs médicaments de récupération, leur commisération, leur foi en des dieux incompréhensibles, puis, bien plus au courant que nous des choses du monde, ils s'écartaient à temps pour échapper aux bombes.»
Et toujours la jouissance de ces noms de personnages, des listes, des rebondissements de qualificatifs en qualificatifs, le côté «misères de la guerre de Callot» et l'humour que le couple revendique d'ailleurs comme dans la litanie des motifs de poursuite et condamnation qu'ils inventent comme dernier échange
« Séjour immodéré en auto-tamponneuse.
Non-respect de la législation sur les maladies tropicales.
Passage de troupeaux hors saison.
Assistance à animaux en cage ne la souhaitant pas.
Atteinte à la sûreté de l'état.»
Texte salubre, et texte poétique où rien ne peut être tenu comme certain, le monde où eux et peut être nous évoluons, et même pas le retour de Nathan Golshem.
Texte également plein de tendresse et de lyrisme
«Nous avions soudain pénétré au coeur de la nuit et de ses beautés, nous percevions ses chuchotements miraculeux, nous avions au-dessus de nous la majesté de l'univers, son silence bouleversant, ses scintillements, ses gouffres et ses distances non mesurables, et, infiniment loin des caves et des guerres humaines, nous savions que sur des planètes inconnues prospéraient des peuples ayant à jamais établi chez eux l'égalitarisme.» et chant d'un amour.

Partie dans le soir, 

contre un petit vent qui tentait de se faire respecter,

et en suivant la descente de la nuit, 

vers la librairie «la Mémoire du monde»,
pour écouter Louis Castel, surtout, et Sylvie Durbec, un peu, lire des passages des deux traductions par cette dernière des livres de Marco Ercolani et Lucetta Frisa Âmes inquiètes (leur beau récit de la rencontre avec les patients «aliénés») et J'entends des voix (retranscription de monologues des dits patients entre décembre 2006 et février 2008)

textes beaux et forts, admirablement rendus par Louis Castel (qui y a ajouté, comme cousins, des passages de Novarina) en dialogue enjoué avec Sylvie Durbec.
(Textes et traduction évoqués par Sylvie Durbec, citant d'importants passages, (pour j'entends des voix) http://remue.net/spip.php?article4583 et Jacques Josse (pour âmes inquiètes) http://remue.net/spip.php?article4583)
Je me suis limitée à j'entends des voix, parce que les passages cités sur Remue.net m'en avaient donné le besoin, pour le plaisir aussi de la jolie édition qu'en donne le gentil Daniel Labedan (éditions des état civils) à côté duquel les ai écoutés.

Et puis retour dans la nuit tombée, un reste de vent, petit tour sur le site de la revue des États civils que je découvre http://etats.civils.free.fr/, petit tour internet, et souper avec la fin du livre en cours et un peu de ce nouvel entré.

11 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Les nourritures littéraires consolent de ces obligations domestiques. Et vous avez été bien comblée en cette belle journée de fréquentation des mots et des lectures. Et sous un ciel si bleu... si bleu...

Dominique Hasselmann a dit…

Traductions... le mot évoque et la nuit remue.

jeandler a dit…

" Un reste de vent " et ton objectif troublé, des larmes plein son oeil...

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Vivre, livre, ivre, riches rimes...

Anonyme a dit…

Totalement insipide...

brigetoun a dit…

merci de votre franchise

La petite librairie des champs a dit…

Merci de votre présence!
Sylvie Durbec

arlettart a dit…

Re merci du partage ... pour tout ce que je ne connais pas Tu es une mine d'or (avec ou sans rime )

Gérard Méry a dit…

...au contraire je trouve que tu bouges..regarde tes photos d'aujourd'hui. (plaisanterie gratuite) ...tu me connais.

brigetoun a dit…

je bouge mal

mémoire du silence a dit…

Merci... merci j'entends les voix de ces âmes inquiètes... ces voix que je reçois au creux de l'âme... merci