samedi, mars 09, 2013

Ne sortir qu'en Grèce par les mots


Pour mon réveil, pendant que dégustais café et les billets de la nuit et du petit matin, un torrent soudain, comme une pluie de mousson au moins.

Ai ajouté une paire de draps dans le sac de linge, l'ai soigneusement fermé, ai décidé de renoncer à aller chez le blanchisseur.


Et pendant que je stagnais dans cette paresse et dans mon curieux manque d'appétit pour twitter, et même pour les sites amis – et; chaque fois que je passe outre, j'ai un éclair de plaisir avant de retourner en atonie... envie de faire une pause du virtuel pour quelque temps, mais crains de me passionner infiniment loin pour le réel.. prendre des vitamines, ou du magnésium, ou du fer, ou un coup de pied – le soleil descendait lentement, ensoleillait le bout de mur que lui permet la saison.
Ma foi, tant pis, d'autant que sortait chez Publie.net un nouveau recueil de poèmes choisis et traduits par Michel Volkovitch http://www.publie.net/fr/ebook/9782814597204/poetes-grecs-du-21e-siecle et que, comme toujours avec lui et sa collection Grèce, m'y suis plongée.

Cette fois, ce sont des poètes «du 21ème siècle» - à vrai dire poètes d'un gros bout du 20ème également – et j'ai prélevé un fragment pour chacun (il faut lire les notices de présentation), en rapport plus ou moins étroit avec notre monde actuel :

de Cristophoros Liondàkis (sais pas faire les accents sur les o, ni d'ailleurs sur les i)
...Combattent l’hypnose collective.
Laissant des messages aux acrotères des toits
ils dénoncent le débordement de l’humaine faillite.
Des indigents cosmiques envoyés par l’Autre ironisent
devant l’abondance de quelques uns.
Il suffit d’un lancer de balle cosmique.
De toute façon l’Univers décide pour la Terre... (La métaphysique du luxe)

de Nàssos Vayenas
Notre temps, c’est bien évident,
n’est pas fait pour la poésie.
Jadis on aimait l’océan,
la nature avec frénésie (Poétique)

de Pànos Kyparissis
Des images qui passent dans les couronnes
qui me trouent et je n’ose pas
et tout le temps je me tais
Je bois de l'amertume pour tenir
tandis que l’époque du PVC
pétrit des métaux chauds dans le ventre de la galaxie
pour tournoyer encore des passions (taches de silence)


d'Athina Papadàki
Je ne peux imaginer comment il s’introduit
dans des jardins bien nourris, le fuyard.
Fuyard
de montagnes funestes
où le pain à la longue vie
seul survivait (Évadé)

de Yorgos Markopoulos
Ici, tout est ici, tracteurs ensevelis,
rouleaux compresseurs,
excavatrices Caterpillar ou autres, ici, tout est ici,
et avec ça des milliers d’éternels «je t’aime»
qui furent prononcés entre les ferrailles
les chardons et les étrons secs. (Cimetière de voitures)

de Vassilis Roùvalis
Mes personnages du passé
- hommes et femmes qui vécurent ici
laissant des marques sur mon visage,
l’épiderme, les muscles, les organes des sens
comme les souvenirs hantent les mêmes terres (Neuvième)

d'Aristèa Papalexàndrou
Rien que de t’entendre je crève de fatigue
Diplômes, troisième cycle, langues étrangères
Non en paroles Mais sur papier
Cambridge Proficiency s’il vous plaît
Et Kleine et Sorbonne et Superiore
et thèses par là-dessus
Années d’études aux Métropoles du Nord (Curriculum vitae)

de Marigo Alexopoùlo
Nous les enfants de la violence dans les changements
les événements,
nous dans l’automne
d’une soudaine et sanglante révolution
des forces invisibles,
de connexions et de balles absurdes,
nous les jeunes
vieillis trop vite inexplicablement
nous voilà dans les rues d’un combat inégal (à Vladimir)

de Thodoris Rakopoulos
Elle s’assoit sur une pile de vêtements sanglants. Il a pris
la fille par la manche. Tous les quatre à présent. Dehors, des bruits et des cris calmés par la neige, répété :
«Remonte le barbelé là-haut.» (Ballade des garde-frontières)

de Z.D. Aïnalis
La prison que j’avais dans ma tête
je m’en suis délivré à bas prix
pour un paquet de cigarettes acheté
place Omònia dans un kiosque à femmes nues
maintenant je marche à peu près comme un homme libre
agitant il est vrai un peu plus que nécessaire
mon parapluie
voilà soudain que souffle un sirocco
tout mon corps se soulève
et je marche sur les toits de la ville
pourris par les pluies et l’azote (Ulysse)

Bien entendu, il y a bien d'autres choses... le lien de mes choix avec le monde contemporain est parfois fort lâche, et compte tenu de ce qu'il est, notre monde, compte tenu de mon humeur, l'éclairage n'est sans doute pas excessivement joyeux, … mais tant que nous aurons les mots.

8 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Je vous fais une confidence. Le poème de Marigo Alexopoùlo me touche beaucoup. Et je me suis senti interpellé par Aïnalis. Voilà. C'est dit. Et, de manière générale, quelle merveilleuse idée de nous rappeler qu'il existe en Grèce une relève aux grands poètes.

Dominique Hasselmann a dit…

Il n'y a donc pas que Pétrarque près du mont Ventoux...

arlettart a dit…

Il y a des lieux où l'histoire est gravée dans la pierre et l'esprit des hommes
c'est très beau cette osmose
Rappel émouvant de "Pays natal" (nov2011 Toulon -liberté)
d'après Dimitri Dimitriadis portant sur l'identité , la mémoire et et le présent de la Grèce

JEA a dit…

les poètes (masc. gram.) : parmi les rares hors d'atteinte des politiques d'austérité...

Danielle a dit…

merci pour le florilège

joye a dit…

Super, ce résumé, merci brige ! (et à la pluie qui t'a gardée chez toi...chuis dans la même passe ! impossible de sortir à cause de la boue)

joye a dit…

NB : Les com's de Blogger rament un peu beaucoup en ce moment.

Gérard Méry a dit…

Ce dilemme entre réel et virtuel...l'idéal serait un bon mélange !