samedi, mai 04, 2013

N'ai pas écouté les vases communicants, ai essayé de les lire

Puisque n'ai pu écouter la lecture par une grosse dizaine, je crois, de participants (y compris non-participants à ce dernier opus) des vases communicants, mis en ligne pour ce vendredi 3 mai ou publiés antérieurement, jeudi soir, presque dans mon ancien chez moi, à la médiathèque Faidherbe – ce qui m'a évité d'ailleurs d'avoir à lire, trébucher de la voix et du corps, bafouiller.. et me trouver mal de saisissement – par décision de m'en tenir au rite en bonne provinciale un peu lente que suis maintenant, et surtout parce que ça m'arrangeait, n'ai pas tenté de voir si, comme suggéré, des textes avaient été publiés dès jeudi à 19 heures, et j'ai attendu minuit pour en découvrir quelques uns, dormi, repris lecture le lendemain. (euh, à vrai dire, ça c'était les résolutions, mais j'ai abandonné deux fois Jane Austen et découvert cinq billets épars, avant de revenir à Jane parce que temps était de dîner et de dormir)

Evité de lire sur twitter les réactions, découvert, piano piano, les échanges entre :


avec l'appui de tableaux de Zdzislaw Beksinski et Guy Garnier, de photos et montage de Michel Bonnargent , un texte poétique et onirique – internement, se faire oiseau, heurter l'incertitude du soleil.... une messe sabbatique et les sentinelles esclaves gardiennes d'une histoire
Sur le sable, devant elles, gisent leur ombre. 

Leur main aérienne trie un à un les grains du désert, et remplit les failles d'une cellule camisolée.
et
All along the watchtower
un court et dense paragraphe, qui, je reprends les mots d'Eve dans sa présentation, «se joue des sentinelles en les détachant de son fil de mots»
Sentinelle, tension de l’attente, on dit les sens en éveil, regard plongé dans la nuit ou l’immense, oreille aux aguets, c’est veille immobile, très peu pour moi, et garder qui, se protéger de quoi, plutôt longer les miradors, on finit toujours par trouver le moyen de s’en éloigner, du moins tenter le croire

des nouilles à l'abreuvoir
le quartier de l'abreuvoir qui n'a pas changé sous son maquillage – le quartier de l'abreuvoir là où est la bibliothèque, et dans la bibliothèque un je qui est sans doute Poivert et un usager pas tout à fait comme les autres – Voilà, le décor est planté, suivez Poivert
Le jeune impoli revient. Presque tous les jours. Il ne dit rien. Persiste. Mais il emprunte des livres à chaque fois. Quelque chose m’intrigue. Retient mon attention. Quoi. Je n’arrive pas à cerner ce qui ne va pas. Il vient. Raide. Lèvres pincées. Il sort de son sac les livres empruntés la veille. Il tourne les talons. A chaque fois. Mais quelque chose. Là. Sous mes yeux
et découvrez avec eux les deux Bobigny (et Emile Aillaud bien sûr)
et
Dead end
New York, Brooklyn, le Queens et les quartiers « ethniques »
Litte Poland – suivre la visite intelligente, sensible, de Pierre Ménard
En commençant notre périple dans ce quartier, je ne peux m'empêcher de penser aux safaris photos qu'organise David Michaud à Tokyo au Japon. C'est la première fois que j'ai entendu parler de ce concept. Marcher dans la ville, en marquant quelques pauses au fil du parcours, dans des endroits privilégiés. La ville s’offre à nous comme une jungle dans laquelle partir à l'aventure de clichés à attraper, d'animaux à chasser : photographies aux cadres sélectionnés, méticuleusement choisis, pour donner une image de la ville au plus près de ce que nous imaginons.
et point ne le regretterez, lisez et regardez puisque l'image a toujours le dernier mot

publiés en fait en avance... m'étais juré de jouer le jeu mais suis passée jeudi au crépuscule – un échange rituel chaque fois entre eux (descendre le long des précédents pour trouver ceux du mois) :
quand on... souvenirs vrais ou inventés, petits riens qui sont dans nos passés
quand on confondait les pins les parasols et les chapeaux chinois ; les bulots les bigorneaux et les mots ; le sable et le sel en nos bouches dans l'air malicieux....
et
un beau poème
tes pâles paupières nous entrouvrent
-crois-moi-
et notre allant encore

à partir des photos de Zander Olsen
Anne-Charlotte Chéron http://www.tumblr.com/dashboard
récit – un matin à Vassivière, un paysage qui rappelle un peu le Québec, en chemin vers le Centre d'art (et c'est lire ce chemin qu'il faut), comme il est fermé, marcher
Le centre d’art est tout à la fois fermé et en cours de montage. Il faut donc emprunter un chemin parmi les 70 hectares jonchés de sculptures, espace à ciel ouvert, entièrement offert aux intempéries et autres épouvantes climatiques. Me voilà sacrifice humain légué au Dieux du Land Art.
commence la visite-marche, détaillée, les sensations du corps, la dérive... une librairie.. où l'on n'a pas le droit de rester puisqu'on ne cherche rien
Ici, dans l’isolement le plus total, il faut donner un sens à l’errance, faire de l’accidentel une trajectoire. On pourrait mentir et travestir l’égarement grâce à quelques civilités trompeuses.
et
j'aurais cueilli des arbres
un poème, une chanson de femme,.. que j'aime
On pourrait mourir de se – taire – que personne n’en saurait rien
Mais on découvrirait un beau jour ou un petit matin
A côté des cœurs nus
Un bouquet d’arbres fanés.... 

textes sur photos que ne peux capturer, allez les voir
500 gammes
un poème, en pensant à Christophe Tarkos (avec une mise en page que va refuser blogger)
Au fin fond d'un placard qui n'a pas été ouvert depuis bien longtemps
500 grammes
500 grammes et 10% gratuits
      Nous nous frottons
      Nous nous collons
      Nous nous blottissons
           Les unes contre les autres...
et
Syrie avril 2013
sur une photo d'un errant dans la ville de Deir ez-Zor, réduite en ruines par les bombardements
Tu ne reconnais plus rien, pas vrai ? Oui, c'est ça, pas vrai... tu te demande même si c'est bien là que tu as perdu quelque chose, hein ? Peut-être un peu plus loin, tu vas trouver non ? Quoi...? C'est pareil un peu plus loin ?

un poème et un tableau
Les mots sont de l'argile
le temps repose sur un socle

Le langage essaie de consolider
quand la voix appelle...
et
les petits chiens
qui portent les coussins, les pieds des gisants de Saint-Denis (ou autres lieux) et les petits chiens des gueux sur les grands boulevards, un joli texte
Leurs petits chiens dorment en boule dans les chiffons sales et malodorants. Parfois l'un d'eux ouvre un oeil, tout de bonté, et tente d'attendrir le passant affairé. Ainsi, avec leurs airs innocents et fidèles, les petits chiens nous rendent les morts et les moribonds plus acceptables
(euh ? moribonds l'image est dure)

souvenir des anciens
Gabriel Viteaux (pépère.. pour autant qu'il m'en souvienne..)
souvenirs dans le désordre, à lui adressés, souvenirs égrenés... et on l'aime bien lui, on croit avoir connu presque même... et cette envie de connaître qui est de nous tous aussi, même si les expériences n'étaient pas toit à fait semblables
enfance tenue dans le creux de nos têtes. enfance sans pluie. été à manger des grenouilles que tu allais chercher à l’étang. pâques et sa chasse aux œufs dans le jardin. les écossages de petits pois, les haricots du jardin en contrebas de l’église, non loin de l’écluse avec ma néné. la boucherie du village qui hébergea un temps notre chat qui n’avait pas voulu rentrer dans le jura.

et
pourquoi est ce que je ne reste pas en moi ? (phrase de Kafka dans la traduction de Laurent Margantin)
Billet de philosophie familière (rendue familière) comme toujours
l'ennui de l'enfance, les cauchemars de chute, fuir l'ennui... les souvenirs qui remontent, le grand-père paternel jamais connu, la grand-mère, les récits du père...
Je ne ferai pas de commentaires. Ou plutôt, celui-ci : il faudrait se demander pourquoi l’espèce humaine est toujours intéressée par la part d’ombre des êtres plutôt que par leur part de lumière. De quelle morale morbide nous vient cette manière de vivre le monde ? Une révolution est encore à faire. Et, nous d’écrire pour tenter de lutter avec nos faibles moyens sur ces manières de penser.
Et puis le grand père maternel... vous laisse lire sa vie, son cheminement, ce qu'il pensait, ce qu'il disait.

écrire sur photos envoyées par l'autre – sous le signe de l'inattendu
Rainbow
un texte qui s'amuse d'allusions (ou ne s'en amuse pas, elles ne le permettent pas, mais rappelle notre monde)... enfin un texte que ne saurais rendre – un homme dans un sous-sol, qui peint son cadre, le sous-sol mais aussi un jardin, une cabane, un lieu d'indépendance... j'arrête – juste : cet homme avait eu une histoire, une histoire connue
Plus besoin d’aller patienter dans la file d’attente, place du Colonel-Fabien, pour obtenir un bol de soupe (populaire) et un morceau de pain. Ici, en entrée : radis rouges et blancs comme un drapeau, bien croquants sous la dent, ensuite des pommes de terre rondes et fermes
et
Formulite
une belle idée au réveil, une belle idée qui s'est évanouie, une formule – c'était le lendemain une nouvelle formule, aussi belle et cela recommence et recommence – les formules forment un magma...
Mon front se gonflait sûrement de toutes ces idées incomprises, arrivées là par hasard. Oui, j’étais certainement gonflé, boursouflé, hideux. Je ne voulais plus me voir dans la glace. Peut-être les formules cherchaient-elles à sortir, à regagner leur mathématicien, celui que je n’étais pas.
à suivre dans le texte pour constater les bienfaits de la médecine.

Féministes - textes de l'une assorties d'images de l'autre, image de l'un provoquant texte de l'autre – et les images sont chez elle, les textes chez lui (toujours sans que l'on puisse copier/coller)
quand la proposition vient d'elle
Quand j'eus mon fils
grand bien lui fisse
si usés mes orifices
devenus des édifices
tout neufs et lisses...
et
quand la proposition vient de lui
La manif finit. Ici rit Lilas , là assis, Dali lit. Là bas ! dit l'amie Mimi qui pâlit ! Cris ! Zahi ira ? Zahi n'ira pas ? Zahi y va....

chuchotements
(silence)
voix, chuchotée, silence, tu attends immobile, au milieu des cris
texte délicat et fort.. et le silence vibrant
Fibres sensitives réceptives. Corps tendu suspendu délicieux équilibre.
Tu attends, immobile, corps centré sur son axe parfait, à sa place exacte. Sang bouillonnant d’une extrémité à l’autre, palpitant et confiant.
et
Komm tanz mit mir Al
un texte haletant, un peu incantatoire, comme elle sait les écrire, souffler, une voix dans la ville, une langue étrangère, et c'est beau une fois encore
on entend des bruits de voitures des bruits de moteurs des bruits de pas des bruits de –  tu parles une langue que je ne connais pas  – on parle une langue avec beaucoup de silence – je regarde dans le dictionnaire bleu – on écoute pendant de longues minutes l’écoulement du silence de ton pays de mon pays

boutiques
Corps du commerce
texte construit, parfait,
gros plans et plans séquences sur vendeurs, passants, acheteurs ou acheteuses surtout – réflexion en forme de poème paragraphes et vers,
Le corps du commerce ne sait pas toute la mort en route, ni qu'elle fascine son monde, rend fissible le désir dont le noyau est tout près d'exploser, il ignore le danger, il ne sait pas s'extraire, ne connaît de la fusion que ce qu'en exposent les volcans, le dimanche, à la télévision, ne pourrait supposer qu'échapper à la crise ce sera pour jamais
mais nous savons que non, Et nous luttons parfois pour trouver autre chose tandis qu'il faut, dit-on, nous dit-on chaque jour, compter et recompter, s'adapter, se tasser et rentrer les épaules.

et
Bien présenter
Une femme entre deux avions, les boutiques trop belles pour y entrer, un sandwich à manger avec précautions pour éviter de salir la tenue, choisie pour «bien présenter», qui tranche sur le «chic» sobre des autres
Ce n'est pas qu'une question de coloris, évidemment, mais aussi d'allure, et de ce qu'elle exhude. Ils ont tous l'air professionnel, elle a l'air d'être tout juste rentrée de la plage. En fait, ils paraissent well-to-do, comme on dit en anglais, une expression qui combine les gens bien et les gens qui font le bien, et fait croire qu'une personne “bien habillée” est une personne bien qui peut faire le bien. Elle sait qu’elle fait tâche au sien de la foule, alors qu'elle sait aussi qu'elle est une personne bien, ayant entre autres fait du bénévolat...
alors se risquer dans une boutique, se faire chasser sans grâce parce qu'elle mâche encore... et je pourrais me prendre pour elle (quoique je n'aime pas les sandwichs, ce serait autre chose) mais cela continue, il y a souvenir de vols, froid, toujours cette inadéquation des tenues par rapport au temps, à la majorité, et cette arrogance de celle ci....

tombes et cimetières
la ville, les morts, la mer
là où la ville finit, là où est la mer sauvage à laquelle elle tourne le dos, où commencent les routes caravanières et des livres, et les morts de chaque côté des pas, les mausolées, et les tombes serrées des temps présents.... stop – c'est un très beau texte, et il faut suivre son avancée
Nous marchions. Nous étions devant la mer, et sa houle raide et violente, sur les dais de basalte, sous le phare, avec dans les anfractuosités les amoureux qui eux aussi n’étaient que des dos, dos enserrés, dos immobiles, face à la mer et qui probablement cherchaient plutôt en eux-mêmes le nouvel horizon.
et
Cette route sur la carte, il n'y avait rien au delà
pour chaque village du canton de Vaud une zone décidée pour enterrer les morts – point immuable ancrant les mutations – une longue (pas tant mais profonde), belle, méditation.
Il ne faut pas se méprendre, le cimetière n’est pas un amer indiquant un danger. De danger il n’y a pas, rien dans les fosses ou si peu, personne n’est dupe. Le cimetière est une bouée à laquelle les vivants s’amarrent, reliée par un filin à un corps-mort, le chemin du cimetière est cette amarre. La communauté est attachée au séjour des morts comme à un corps-mort, empêchant qu’elle s’abandonne au vent et se perde au large.
et la parole de la vieille de Pra Massin comme une élégie douce et tranquille.

broderies (une réussite, je dis, sentencieusement)
sous un collage de Mathilde Roux, alternance de petits blocs les uns (ne sais comment dire les premiers : informatifs ? mais poétiques), où quand un pronom vient c'est tu – avec ses divisions en faire, et défaire, à défaire, et recommencer, textes qui sont de Virginie Gautier), les autres pris en charge par le je qui marche dans la ville qui sont de Mathilde
Le tout, ferme, beau, ouvert et structuré – et puis ce goût que je partage pour les noms de rues, de lieux
C’est une ville-parcours pour s’y retrouver, un rébus un réseau un tissu vivant.
Chaque mot pourrait compter si on savait, si on ne gâchait pas tant. Chaque mot perce une voie, élève, raccorde, aligne, recoupe, soutient, enfonce, chaque mot ou son contraire est embrasure, voûte, balcon, tuyau, segment, tour, tranchée, palier, passage commun. Avant-corps et arrière-corps du bâtiment.
En août 40 dans une ville où je n’ai pas vécu les lourdes pierres de la bâtisse assourdissaient à peine les battements des cardeuses bourdonnements du renvideur sons saccadés de la doubleuse des tricoteuses qui extrayaient étiraient enroulaient et tressaient les fils sous l’œil attentif de celui qui serait un jour le père de mon père. Je n’ai jamais entendu sa voix.
J’avance mot à mot dans la ville à écouter, à inventer, la ville à faire sienne tout du moins assez pour la partager.
et
Virginie Gautier http://www.mathilderoux.fr/2013/05/vasesco-vgautier.html autre dessin, celui ci de Virginie Gautier) et les mêmes textes tissés ensemble
Voici le revers. La coulisse où s'échangent les couleurs, où s'enracinent les motifs. Les subtiles
frondaisons. Vois, chaque endroit où tu poses tes pas, piqué, surpiqué, rendu visible.
Chaque arrêt, une étoile fleurissant sous ton pied.
Chaque demi-tour, une racine nue, un filament, derrière toi, délacé.
C'est une ville, c'est une tapisserie.
Une broderie, un écran de fumée, un rideau à soulever.

deux vases simples et graves, de deux auteurs qu'apprécie tant
les jours où ça
écouter sa voix dire, noter comme peux
Les jours où ça se lève, se soulève, le corps absurde – où ça sent pas si bon dedans que dehors, ça s'empêtre, et ça se dit déjà que ça, non ça ne va pas durer longtemps et puis écouter, seulement, emportée par la voix, la coulée qui avance avec petits heurts, qui s'écoule, le temps... ça doit s'écouter
et
téléphones
son écriture pressée, urgente, le monde presque familier et inquiétant d'après.. et ce qui reste, comme, parfois, les téléphones
Très rarement quand même on entendait plus ou moins distinctement posés sur la bruine des sons une chose dont on savait immédiatement, à un froissement de notre intérieur, que c’était une respiration humaine, la signature d’un autre. On ne parlait pas, on ne bougeait plus, on écoutait et on savait qu’à l’autre bout du fil quelqu’un faisait de même, dont les mains certainement devenaient comme les nôtres moites et brûlantes de haine.

Génuflexions et héros des temps modernes
On ne peut se relever sans poser un genou au sol
et toutes les raisons en sont rappelées, en car...... égrenés
et puis l'action, le mouvement d'Iron Man se relevant sont décomposés en jolies rubriques précises et un peu ironiques, avant
Car, suite à cette démonstration, mettre genou à terre ne sera jamais plus se mettre à genou et encore moins être mou du genou. Bien au contraire. Et être sur une rotule deviendra la promesse d’un rebond détonnant.
Car de surcroit et pour conclure, on n’en sait pas plus sur le curieux X du pluriel de genou. Ce qui n’est pas très grave en ce qui concerne cette position qui n’en n’utilise qu’un seul.
et
L'armure
Ce n'est pas l'armure qui fait le héros et s'ensuit une série de réflexions
C'est la force avec laquelle il croit en lui, la valeur qu'il accorde à ce(ux) qu'il défend, supérieure au sacrifice ultime, consenti sans hésitation, celui de sa propre vie. La plupart des héros ordinaires n'ont pas d'armure : ils et elles n'en ont jamais eu besoin.
Très vrai, mais les héros du quotidien, aussi, sont parfois fatigués.

un texte disant la justese, l'importance d'écrire
travaux divers - un beau texte trouvé dans ses archives, et elle explique le sens de cette recherche
je verse un petit tas de mots, une coulée d’intense. poésie à l’éponge. j’ai un lavis sous les paupières et les mains ivres. cela fait un rendu fragile, suspendu  entre le ciel et l’eau dans lequel se paument des mouches ou des poussières. je verse j’arrose la pousse au cœur des murs.
et
retiens la nuit avec une présentation (suis en accord) par Anna
récit, portrait de ce temps où nous étions jeunes (euh, moi ça devait être avant, un peu, n'y avait pas de télévision, et j'avais commencé depuis peu à travailler le jour où Kennedy a été tué) – aime les ressemblances, les différences avec mon monde, aime surtout le ton
Le soir, derrière les annonceurs, la poudre sur le nez et occupés à mettre des rubans aux mots et à leur signification, les vieux films d’antan s’affichent au milieu des désastres du monde. Mon père s’énerve pour le énième premier plan fatal sur Greta Garbo. Il exulte, au contraire, aux rares apparitions de Doris Day. Tout ce monde en train de me tomber dessus, qu’il soit vieux ou nouveau, me semble absolument vrai.


À partir d'une photo d'une oeuvre de Tatzu Nishi
vacillations
monologue d'une Gisèle/Giséla/Louise qui raconte dans un micro aux touristes ce qu'ils voient sur ce bateau entre Nantes et Saint Nazaire... les souvenirs, du père, des hommes successifs, de lui qui est lien avec Nantes
Sur le pont du navire de croisière je trantaille. Employer les mots des siens : trantailler, comme aurait dit mon père, un bercement des mots qui fait surgir la voix, parce que la voix des disparus, c'est ce qui est le plus difficile à extraire des vacillations de la mémoire. Et son accent, l'accent du sud : mais que faisions nous donc à Nantes lorsque j'étais enfant ? Il pleut toujours sur Nantes.
et
le promontoire
souvenirs des promenades là, avec la peur à dix ans, avec des copains à quinze ans en rêvant de faire une cabane, avec Gisèle pour faire l'amour sans cabane ni peur mais avec une couverture, et maintenant, après tant d'années loin de lui, le promontoire
Aujourd'hui, presque vieux, je suis revenu chez moi. Il y a encore des courts-circuits dans ma cervelle. Je vais souvent m'asseoir devant le promontoire. Et je la regarde. C'est une vraie maison. Avec un toit et une cheminée bien droite comme dans les livres d'images. Des gens viennent la visiter. On peut même y dormir. Je n'irai pas. Cette maison n'est pas ma cabane.

Donner forme à l'informe.. par deux écrivains que lis avec plaisir respectueux
bêtes non castrées
les mots qui se heurtent, violents, qui coulent rapides, qui se font tendres,
bêtes qui refusent, bêtes en fêtes communes, bêtes animales, et bêtes à manger du foin,
libres qu'à se tuer... bêtes embourgeoisées
bon, inutiles efforts Brigetoun, laisser faire la langue de Claude Favre, tout et ces lignes
De guingois mais Fermement Accroupies sur les talons ou les mains qui s’agitent dans le dos Un chien mort sous la langue et l’œil fou Fou À ne pas croire à ne pas suivre pour les enfants pour les vieillards pourvu Que l’on respecte Pour les bêtes en nous qu’à ne pas vouloir à peurs ne pas voir Reviennent les chiens sommes suivant la piste du faon gémissant Quand s’exténuent nues vouloir non castrées libres jusqu’à puisque libres qu’à se tuer qu’à ne ployer Et malgré Qu’à vivre puisque la vie la vie la vie fait l’ homme en faire et des pires trop on a connu
et
écrire, ce drame millimétrique
là vraiment impossible de risquer paraphrase, c'est récit de ce soin qu'est écrire, de la recherche du mot, de ce qui prend mal, qu'il faut jeter, pour remettre...
Langue simple, au plus près de ce qui se raconte là
ce geste qui ne répare pas grand chose parce qu’au fond, au fond on sait bien. on ne sait que trop. c’est écrire – cet acte qu’on commet et qu’on ne peut pas ne pas commettre. cet acte de rien. pour rien
et puis la vérité est ailleurs, même si c’est faux

et puis l'ultime (piocher dans le blog de l'autre, et c'est très bien) entre
la poétesse, traductrice, passeuse Danielle Carlès qui a gentiment, et avec un talent qu'ils ne méritaient pas, tressé des fragments de Paumée en un beau poème en forme de vases (ci-dessous)
dans la lumière qui descend vers moi
me suis installée me suis oubliée
éloquence et rapidité des vents
le reste devait rester secret
je m'arrêtais à quelques mots de deux vers d'Horace et dérivais comme pouvais (avec au moins une belle faute d'orthographe pour signer)
Elle rit, elle se dit qu'Horace et sa passeuse sont loin, elle se dit que les troubadours ne le sont pas moins, elle se dit que son mirliton est un peu trop longuement poussé, que n'a ni sens, ni rythme, ni chanson, que pauvret ne connaît pas la musique, que nigaud n'a rien à dire, que perdus se sont les herbes, la rive, les saules, les cailloux dans l'eau verte

suis toujours surprise par les longueurs variablse de mes notes, sans aucun rapport avec l'importance du texte, juste avec le moment de la lecture, le plus ou moins de difficulté à m'abstraire de ce qui m'entoure, quel que soit mon goût ou mon intérêt un peu trop léger pour ce que je lis.

9 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Vous disiez qu'il y avait peu de participants... on a l'impression du contraire !

Merci, une fois de plus, pour l'anthologie cultivée avec grand soin.

arlettart a dit…

Un bon moment de lectures et retenu qq phrases
Merci du partage en grande diversité

Pierre R. Chantelois a dit…

La rareté crée la richesse, et l'abondance crée un appauvrissement. Je remarque l'éclectisme de plus en plus marqué des vases découlant à mon avis d'une certaine rareté dans l'ensemble de la blogosphère. Le nombre des vases est juste ce qu'il faut pour les parcourir en entier et en tirer un bel enrichissement.

Anonyme a dit…

merci pour ce survol, et pour tout ce que vous faites, vous, pour que ces vases continuent... Très amicalement (et à bientôt)
PCH

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Ne veux-tu pas appeler ta prochaine publication "Coladeira, funana, samba"  ?
Merci Brigetoun !
;D)

brigitte celerier a dit…

ah ces vieilles cruches !
bon je crois que vais essayer

nolwenn a dit…

Merci Brigitte pour cette nouvelle lecture-synchronisée. Le rendez vous sur scène jeudi soir était très chouette. Je te sens déçue que la session ait eu lieu à Paris plutôt qu en province et avec une partie seulement des auteurs, qui plus est qui n avaient pas tous participé à cette session la des vases ! Nous avons fait au plus simple et au plus souple au niveau de l organisations et avec nos moyens du bord. J espère que ton œil s adoucira sur cette formule si elle est amenée à se renouveler. Bises

brigitte celerier a dit…

pas besoin de s'adoucir, et ne vois pas où cela aurait été plus pratique (en plus j'aurais été terrorisée) mais j'attends avec petite impatience les photos prises par Christophe Grossi (lui il était déjà chez Daniel Hasselmann ce matin)

chris simon a dit…

Merci pour la mention Brigitte et pour cette mise en bouche des vases co de mai ! J'étais à la soirée et je trouve ces rencontres magiques car alors l'auteur qu'on a lu, prend corps et voix, chair et os, vie et mort. Je suis d'accord avec toi lire son texte est terrorisant, mais heureusement ça ne dure qu'un instant ! ;-) Au plaisir de t'endentre donc !
Je maintiens mon "moribonds" ;-)car il frappe nos esprits et souligne les conditions de vie extrème de ces hommes et ces femmes. Amicalement. Chris