mercredi, août 07, 2013

un mardi pour b


Ciel bleu très pâle ou blanc, on ne sait, au dessus de la cour, dans l'indécision qui suit l'aube – plaisir de la fraîcheur qui vient, fugitive

Ciel bleu un peu terne, où dansent des nuages, pour saluer mon départ de fort mauvaise humeur à cause de broutilles... chaleur tendre, démarches... nuages boursouflés au dessus de mon retour au long de la rue Joseph Vernet, avec de grandes étendues d'un bleu assombri... un retentissement isolé dans le ciel, de grosses goûtes paresseuses et une petite ondée violente plaquant robe blanche sur vieille carcasse (accéléré pas, ce n'est plus de mon âge).



Fermé les yeux cette nuit, rompant un beau développement, sur

Le Jour du Jugement (dies irae, le Jour de la Colère divine) n'est plus un jour final, il n'est plus du tout un «jour» - il est même la nuit dont sont obstinément tissés nos jours étreints d'une lourde nostalgie de lumière, et qui nous fait nous penser «Grecs». Mais ainsi, il est l'instant toujours suspendu et toujours différé d'un jugement sans appel. Ce jugement se prononce au nom de la fin, justement. Non pas une Fin dressée comme une Idée à l'horizon – mais plutôt ceci : comment nous abordons à l'horizon fini qui est le nôtre, et comment nous lui rendons (ou ne lui rendons pas) justice. Jugement simple, sans appel. Il ne peut être soumis à aucune instance supérieure du droit, car il procède lui-même de ce qui précède tout droit. Avons-nous fait droit à ce qui n'a encore aucun droit ? À notre existence elle-même – et puisque ce mot se laisse mal employer au singulier, à nos existences, et à leur communauté ? Devant cette loi sans loi, nous n'avons pas cessé de comparaître. Enfin, nous y comparaissons nu... (Jean-Luc Nancy)

trop long pillage mais je ne pouvais couper dans cet énoncé, et j'ai repris, pour quelques pages au réveil, et puis dans l'après-midi de la cour, à l'heure du thé et de l'arrosage, la lecture des quelques pages de la comparution publié par Jean-Luc Nancy et Jean-Christophe Bailly, en 1991 et 2007, quelques pages lucides et ouvertes sur une exigence lumineuse, qui, dans mes lectures isolées et anarchiques, m'étaient restées inconnues.


Jour pour b donc, qui fut assez peu jour pour B... jour blanc, petit bobo, jour bu et passé...
mais après avoir lu à haute voix, debout dans les derniers rayons frappant le mur, pour tenter de forcer mon peu d'habitude à une vraie compréhension, une dizaine de pages de Nancy, ai dû baguenauder un gros moment, baller un temps, grotesquement, dans la cour, avant de balancer et de retomber de cette tentative pieds drets dans mon petit moi, (pardon demandé) et atterrir sur cette évidence :

bateau - ce qui me semble toujours familier, partie de ma vie, alors que suis depuis quarante cinq ans environ dans le manque de, un manque qui est devenu ma façon d'être bateau – un mode d'être bateau caressé par les photos, les récits des miens, mais cela ne va pas plus loin – l'amour des bateaux qui est instinctif pour nous, qui a peu à voir avec la version sportive, qui serait une façon de vivre, qui fait que me vient un tranquille sourire intérieur quand, si rarement, me trouve sur un port, qui me suffit (est-ce que je ne me mentirai pas un peu ?) d'autant qu'il y a la crainte d'être poids mort, présence encombrante, de ne plus savoir habiter – et bien entendu pour moi les petites bâtisses luxueuses qui prétendent à ce nom, comme, plus encore, ces immeubles lourdauds que sont venu les x de croisières, ne sauraient répondre au nom de bateaux... pour les derniers je me borne à béer en me demandant par quel miracle ils persistent à flotter dans le bon sens.. mais tous les autres - et même les vieilles carcasses de toutes tailles, civiles ou militaires, qui meurent lentement dans des fonds de port ou des écarts - les aime.

Battre – voilà qui ne m'a jamais intéressée, peut-être parce que le contraire me semblait plus évident – et si, dans les petits combats médiocres du bureau il m'est arrivé, souvent, de l'emporter, c'est sans avoir combattu, simplement par l'évidente sottise et petitesse des attaques – se battre, ma foi comme tout le monde, avec longtemps une tendance à enfourcher la première idée qui passe, ou à suivre une irritation stupide, en en payant le prix... en m'en sortant quand j'avais été par trop idiote, par l'indulgence résignée des autres.. pour ce qui compte, qui en vaut la peine, qui ne touche pas mon moi, suis plus douée pour l'endurance, la ténacité.
Beau, bien, bon... suis prise d'un petit vertige... pour tenir compte de leur ampleur je passe lâchement mon tour ou il faudrait prendre temps – juste : ai toujours un peu le sentiment que c'est trop pour moi, et n'en suis pas fière.... quant à l'usage de ces mots en les banalisant, les dénaturant, ne sais pas toujours l'éviter pour ma courte honte. Me sont tout de même venus à l'esprit, comme un hommage involontaire.

Restent mes chers bienveillant avec son petit parfum indifférent, et, mieux, bénévolent, auquel j'attribue, à tort ou à raison, une force un peu plus grande, un peu plus agissante.... ou - ne sais comment il me vient, là, je sens que vais l'adopter – bénin, tout aussi entaché d'indifférence que le premier, mais avec moins de morgue, et qui n'exclue pas la disponibilité...
bonheur, mot qui a traversé mon esprit, parce qu'on a coutume de penser que cela importe, sert de but... me suis toujours contentée de joies, cela semble plus humble, n'en suis pas si sûre, et c'est plus mouvant, renouvelé, surprenant, prenant et profond parfois.
Et puis cette photo prise ce matin parce que j'ai pensé, en extrapolant très fortement buis (ce que ce n'est sans doute pas, ou du moins pas végétal et naturel)... , boule, taille, haies, jardin ordonné – et que je continuais en faisant de la rue de la République une allée d'un jardin à la française, sans grande pompe mais civilisé, hautement civilisé, et pensais arbre, parc, dessin, ajoutais des pierres, statues ou jarres et, au risque de heurter des passants, continuais jusqu'aux merveilleux jardins des Villas italiennes.

branche parce qu'aime les arbres, le dis et redis, parce que je m'étonnai au petit déjeuner, une fois encore, de ces branches qui ont fusé sur ce porte-greffe au bout de je ne sais combien d'années... parce que c'est la poussée de vie des arbres.
Et puisque suis dans le n'importe quoi aimerais remonter dans les ans et l'ordre alphabétique pour être assise sur une balançoire vigoureusement poussée, et laisser traîner mes nattes en arrière, regarder mes pieds là haut dans le ciel et hurler de plaisir.

8 commentaires:

arlettart a dit…

Bel hommage à B
B comme Brigitte et que ta modestie n'en souffre pas
B comme Bravo pour ces digressions

jeandler a dit…

Superbe dernière image que cette enfant hurlant de plaisir sur la balançoire.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Et puis C comme Ça...

:D)

brigitte celerier a dit…

c c'est terrifique, j'ai une liste immmmense venue en traînant - d devrais en rester à :D)

Pierre R Chantelois a dit…

Le chemin de B parcourt les bois, les baies, les buissons. Sur les chemins de B les mots sont bienfaisants.

ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ a dit…

Sinon, dans les B, il y a aussi le Blog de Benoit...
o_O

DUSZKA a dit…

Le B chez nous se décline en "bouchures" patois berrichon désignant les haies vives. Bonne soirée.

brigitte celerier a dit…

quel joli mot, vais essayer de le capturer