mercredi, mars 15, 2017

piano

piano, une main sur jambe rétive, m'en suis allée sous un ciel bleu pale, dans un léger vent relevé de bourrasques très fraiches...

comme le fleuriste et le coiffeur de la place Crillon ferment boutiques, ai cueilli quelques unes des de plus en plus nombreuses boutiques abandonnées (sans compter celles qui changent d'enseigne) rue des Marchands et rue Carnot, sur mon chemin vers la mémoire du monde chez la très sympathique libraire, parce que remords j'ai de la délaisser depuis des mois, par flemme et parce que si pratique quand veux un livre de le commander directement.
Je voulais – et pouvais me l'offrir (pourtant pas cher, mais je suis en période comptable!) une fuite en Egypte de Philippe de Jonckheere, qu'elle n'avait pas, l'ai commandé, ai tourné entre les tables, levé le nez vers les rayonnages et suis très sagement reveni avec trois petits livres le maître de thé d'Inoué (perdu), Sibérie d'Olivier Rolin et léclipse de lune de Davenport de Jim Harrrison

suis revenue dans le bleu qui s'entensifiait avec eux, du coulis de tomate et du produit vaisselle, ils ont pris place dans la pile,
le jour a coulé
et m'en suis allée, à l'orée de la nuit, vers l'opéra et le piano de Bertrand Chamayou pour un programme flattant mes goûts, Ravel et Schubert
avec du premier jeux d'eau, pavane pour une infante défunte, sérénade groteste et Gaspard de la nuit, et de Schubert 12 Ländër, ainsi que, dans la transcription de Liszt Auf dem Wasser zu singen et la Fantaisie en ut majeur opus 15
Alors, plaisir de la salle pleine pour une fois (pour de la musique de chambre), plaisir de la sobriété gestuelle et expressive de Chamayou et de sa musicalité, plaisir de l'exhubérance raffinée de jeux d'eau, du charme de la pavane pour laquelle j'ai un fort goût, et puis déception en m'installant qu'au lieu de la sérénade grotesque que ne connaissais pas et surtout du beau Gaspard de la nuit que j'avais très envie d'écouter, nous avions une série de pièces, raffinées, souvent virtuoses (mais Chamayou, adepte dans ce programme de la virtuosité, sait éviter le déssèchement qu'elle amène trop souvent, la nourrir de musicalité) sonatine, oiseaux tristes, la belle barque sur l'océan, l'alborata des gracioso et pour finir la très brève et pleine de silences vallée des cloches.

Entracte avec cigare un peu frissonant contre les portes de verre, et puis le charme dansant des 12 Landër enchaînés en leur diversité, la vitalité, la langueur, le sourire, un peu de mélancolie, l'élégance
avant que Liszt, me semble-t-il, même si c'était somptueux, noie un peu Schubert – enfin l'idée que je m'en fait, je ne connais pas le matériau originel – dans la véhémence et la virtuosité assénée, au point que tout en admirant je guettais le retour d'une merveilleuse petite phrase reprise d'un lied, qui se glisse comme une chanson calme entre des passages brillants, qui s'efface totalement dans la longue et somptueuse cauda finale.
Pour se remettre, le bis était un adagio de la fin de Haydn, calme, raffiné, étonnament tendre.

Retour vers l'antre, cigare éteint entre les doigts, le vent que provoquait la tombée vers le Rhône m'empéchant de l'allumer.
Pour le plaisir, la pavane


8 commentaires:

Claudine a dit…

Et rentrer la tête pleine de notes et attraper un bout de papier…

Dominique Hasselmann a dit…

Depuis que Ravel était devenu un roman de Jean Echenoz, je ne cessais de penser aux deux, de manière indissociable..

brigitte celerier a dit…

Claudine, se mettre devant son écran plutôt

Dominique, je pense que nous sommes nombreux à avoir plus ou moins ce réflexe

Schulthess Eric a dit…

Mettre mots sur musique relève aussi de la virtuosité, Brigitte .
Plaisir de lecture .

Arlette A a dit…

Lire choisir penser écouter ...tous les plaisirs du monde vais rouvrir Ravel pour le plaisir petit bijou sagement engrangé

brigitte celerier a dit…

en suis bien incapable Eric (d'ailleurs suis pas douée pour la virtuosité quelle qu'elle soit, est-ce pour cela que ne la goûte guère,quand il n'y a rien d'autre, tout en étant fascinée)

brigitte celerier a dit…

Arlette oui une perfection discrète, comme certaines musiques de son sujet

jeandler a dit…

Cabas du jour encore bien chargé...