mercredi, août 02, 2017

Pour ouvrir août, borner ses désirs de concerts et tenter une participation

Vous présente, parce qu'il m'a tiré un sourire idiot de pas-arrière-grand-mère frustrée ce matin, la bouille que vais regarder tous les jours de ce mois depuis ma douche (calendrier)
Suis allée dans la tiédeur et la lumière du jeune matin, notant au passage le début de flétrissure du feuillage, payer mon loyer et à la Fnac pour prendre un billet pour un seul des trois concerts payants de notre petit tremplin jazz, pour la musique et parce que j'aime tant l'ambiance, mais un seul parce qu'il faut apprendre à se limiter un poco (irai peut-être, ne l'ai jamais fait, à l'une des deux soirées gratuites du concours entre groupes)
suis rentrée, ai cuisiné, regardé les chemises à repasser et la robe qui s'y est ajoutée, dormi et repris, pas très bien, et trop longuement (du coup j'ai pressé la fin) ma réponse à la 3ème proposition de l'atelier d'été de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4441 (les contributions, que je viens de lire (après m'être risquée, comme toujours, sans quoi n'oserais pas, vous verrez si vous y allez, juste, déjà, le premier texte, et puis tous ou presque), sont là http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4442) et l'ai envoyée, sans être bien sure de moi, d'autant que j'avais déjà participé à la première mouture http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4315#txt
bon c'est ce que c'est, voilà


et cela l'étonnait un peu, et plus encore de ne pas en être agacé, ce visage qui restait là, en lui, muet, mais s'interposant, s'imposant, alors qu'il aurait dû laisser ce bref instant derrière lui, avec un brin de satisfaction, parce que finalement ça avait été agréable cette rencontre, et puis oui il s'était assez bien conduit - il ne savait pas ce qu'il entendait par là sauf un léger soulagement - il était sensible, même si on ne le considérait généralement pas ainsi, s'il ne se considérait pas ainsi, et contrairement aux allégations de ceux qui ne l'aimaient pas - il ne les avait jamais entendues mais il les imaginait - il n'était pas déformé par son milieu - une grimace devant ce mot, cependant oui c'était ainsi que disaient ceux qui voulaient faire vite, qui ne pensaient pas -, il était encore capable de trouver la beauté là où elle se cachait et d'être touché, un peu, le temps d'un sourire presque appuyé, d'un échange de regard, par un souvenir, avant de reprendre sa route, mais justement, alors qu'il marchait maintenant dans la rue, en chemin vers... ce visage flottait toujours quelque part dans son cerveau – idiot cette image, mais il ne trouvait pas mieux, décidément il ne savait plus formuler lui-même ses idées, dès que cela sortait un peu de la communication, des échanges habituels, avec un enjeu, fut-ce un enjeu personnel, intime, quand il s'agissait de persuader, de charmer, de s'attacher quelqu'un, de s'affirmer auprès de son fils, de répondre à ce qu'attendait Juliette – la blondeur de Juliette... elle était sincère quand elle refusait de prendre sa voiture, bon la voiture familiale, puisque sa kangoo était en panne, elle assurait qu'elle pouvait bien se passer de faire du cheval pendant quelques jours, il avait dû insister, dire que cela le changerait de prendre le bus – le fils avait approuvé en riant, lui, il lui avait répondu je te signale que tu as ta mob maintenant – et c'est vrai qu'à Paris il ne s'en servait pas, ou rarement, le soir, de sa voiture, oui sauf le soir ou quand il avait un rendez-vous en banlieue, mais là, depuis qu'il était revenu, il avait bien compris que le bus c'était impossible, qu'on ne le prenait pas, à part ceux qui ne pouvaient l'éviter bien sûr, et qu'en milieu de journée, là, à cette heure, ce n'était pas pratique, mais Juliette avait consulté les horaires pour lui, et avait insisté pour le déposer devant l'abribus – étaient beaux les abribus depuis qu'on les appelait ainsi, beaux mais bigrement sans défense contre la chaleur, sauf à se ternir en dehors, dans la minuscule ombre qu'ils projetaient – juste à temps, et il était monté le dernier, laissant passer courtoisement un vieillard, deux femmes, et il avait remarqué les grosses jambes violettes devant lui quand la seconde s'était hissée à la suite de son couffin chargé, les avait retrouvées les jambes après s'être battu, ostensiblement maladroit pour masquer sa légère vexation, avec la machine à marquer les tickets – savait plus le nom – les avait suivies dans le couloir central, se tenant fermement parce que s'il était beau le bus bleu, il n'était que cahots dès qu'il roulait, et s'était assis en face d'elles, regardant le sol à côté, regardant en biais ce qui passait derrière la vitre, n'osant ni regarder ces jambes ni rencontrer le regard de la femme, attendant d'entendre la voix enregistrée aux modulations artificielles annoncer l'approche de son arrêt, se levant alors juste un peu avant que prenant appui ferme sur ses jambes la femme se mette debout, tangue elle aussi au rythme du bus vers la porte et, comme il la sentait derrière lui, il s'est effacé contre le siège le plus proche pour la laisser passer, se retournant et prenant dans les yeux un regard qui placidement semblait attendre, et ce visage plus jeune qu'il ne l'aurait cru, ou moins atteint par les ans, cette pureté... il a pensé de madone et un souvenir tendre a tremblé, s'est affirmé, souvenir qu'elle a lu dans ses yeux, qui lui a tiré un sourire tranquille, franc auquel, comme le bus freinait, s'arrêtait, il a répondu, d'instinct, comme il l'aurait fait il y avait tant d'années, s'étonnant juste furtivement de la clarté de ce sourire qui effaçait l'espace d'un instant tout le temps depuis leur séparation et ce qui l'avait précédée, et en descendant la première elle a dit «je savais que tu étais revenu – tu savais ? - à cause des travaux – ah ! la maison... tu habites dans le coin ? – dans la cité, à côté, j'ai même vu passer ta jeune femme et sa petite voiture – et toi tu es remariée ?» - il a pensé bien sûr c'est évident, le couffin et puis... n'a rien osé dire ou imaginer de plus, ça ne le concernait pas, et elle a répondu que oui, qu'elle avait eu de la chance, qu'il était très gentil, Fadel, et sa voix était douce en disant ce nom, «il est à la retraite, maintenant, tu sais il travaillait chez ton frère et son successeur», et elle ? elle avait ses enfants et deux petits enfants, elle travaillait encore par ci par là... et puis elle avait un groupe avec d'autres femmes de la cité, oui un groupe pour celles qui parlaient mal et puis pour que l'on écoute les mères, et lui, il ne disait rien sur lui... oh mais, là, elle devait le quitter, elle tournait dans cette rue, et elle était contente de l'avoir vu, derniers mots qu'elle a jeté par dessus son épaule en s'enfonçant dans une de ces petites rues si étroites que presqu'invisibles comme il y en avait dans ce quartier, le laissant continuer avec dans l'esprit ce visage qui ne voulait plus partir et un petit goût de remords idiot.

7 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Ayant vu hier matin votre lien vers l'atelier numéro 3 de François Bon, j'ai envoyé une contribution, ayant oublié que j'avais déjà participé !

Mais c'est bien là, l'important (comme on dira, en anglais, pour les J.0. de 2024 à Paris) !... ;-)

Votre second texte aurait manqué.

brigitte celerier a dit…

le vôtre aussi (ont été mis en ligne par François Bon hier en fin de soirée, avec celui de Piero Cohen Hadria et un autre)
quoique ; de très belles choses (bien supérieures à moi en tout cas) - ai mis un peu plus d'une heure à lire le tout hier soir, rarement été aussi bluffée par des contributions

Godart a dit…

Moi, j'ai aimé, et j'ai aimé de prendre de mon temps pour lire ce joli petit texte.

brigitte celerier a dit…

merci

Arlette A a dit…

Un beau texte que j'aime lire Merci
Admiration vers toi ?car je suis plus " image" et petit clin d'oeil par quelques phrases et c'est bien d'aimer et d'admirer ce que l'on ne sait pas bien faire

brigitte celerier a dit…

oui enfin dans les 38 (ce matin) propositions il y a infiniment mieux, infiniment


moi aussi je m'offre le plaisir d'admirer

Claudine a dit…

Beau texte