lundi, décembre 04, 2017

la lettre sur la plage

sur Avignon, ciel fort bleu dans le vent froid
ai grelotté pendant que chauffage lentement dégourdissait l'air, ai tant aimé l'eau chaude que j'ai vidé mon cumulus et me suis rincé les cheveux à l'eau tiède, me suis complètement réchauffée en cirant et frottant quatre meubles,
mais n'avais guère envie de sortir, sauf pour récolter les serviettes de papier sales, sac plastique, plumes et feuilles que les rafales matinales avaient déposé dans la cour, et pour aller évacuer le tout, mes ordures et la corbeille à papiers aux remparts
et pour paumée, ma foi, en resterait à ma participation (avec une photo qui brouille encore l'image volontairement allusive du film : «Point de fuite» de Raul Ruiz dont j'avais tenté de reconstituer, avec correction en regardant ensuite, une séquence) à la première proposition renversement Koltès de l'atelier d'hiver de François Bon vers un écrit-film sur tiers.livre http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4484 (18 propositions, dont je viens de lire les dernières à dix-sept heures trente ce dimanche, certains textes sont très beaux, peut-être un peu plus littéraires que prévu, que ne l'aurais pu)
noir et blanc (image un peu passée) – musique : jazz cuivres en douceur
un homme de dos sur un rivage, derrière un rocher dominant la mer, pantalon de toile, blouson foncé, un bandage en travers du crâne
2 secondes – l'homme (il n'occupe qu'une partie de l'écran, centrant le paysage) se tourne légèrement, on voit que le bandage descend le long de la joue
4 secondes – de profil, il marche posément le long du rivage en pente douce, accompagné par la caméra
13 secondes – la mer est en fait une anse, on voit l'autre pointe de terre sur laquelle, assez petite compte tenu de la distance, une maison de deux étages et puis l'herbe – l'homme passe derrière un poteau électrique en ciment, relié par des fils à un autre poteau, en bois celui-là, en partie immergé
il domine la grève et (21 secondes) s'arrête au niveau d'un nouveau poteau de bois, légèrement au dessus du sable,
24 secondes – la caméra le montre de plus près (un peu plus qu'en buste), il prend plus de place et de présence dans l'image ; les deux mains dans les poches du blouson il regarde autour de lui, sans qu'on le voit de face
25 secondes – gros plan sur le sable sur lequel est posée une feuille, sans doute emportée par le vent – à l'arrière plan l'herbe qui retient la pente
27 secondes – buste de l'homme trois quart face (un bandage lui couvre le nez et rejoint la mentonnière) la tête légèrement penchée vers le sol
29 secondes – une butte de terrain, qui doit borner la plaque de sable, maintenue par un tapis de griffes de sorcière, à droite le genou plié de l'homme, un main pendant au premier plan, l'autre posée en bas de la cuisse, et, penché en diagonale, un peu de son blouson
32 secondes – la tête et le haut du buste de l'homme, griffes de sorcières en arrière plan, il finit de se pencher
33 secondes – il dit (sur la musique devenue encore moins forte mais qui reste bien présente) «mon amour, je regarde la mer» etc.. commence à lire ce qui semble être une lettre d'amour, ou plutôt une lettre, assez littéraire, se racontant à la personne aimée
45 secondes – gros plan sur une partie de la feuille pendant que la voix continue la lecture toujours accompagnée en sourdine par la musique
1 minute – toujours lecture et à l'image de nouveau un gros plan du visage de profil, on voit les lèvres bouger très peu, comme pour un murmure ou une lecture muette
1 minute et 9 secondes, de nouveau la lettre (mais en fait si on fait attention, une feuille plus courte, plus longue que la feuille vue auparavant) avec, en tête, «ma belle» et puis un texte (écriture serrée, hérissée de jambages, quelques ratures) et toujours la voix plate de l'homme qui lit un texte différent de ce que l'on peut déchiffrer – peut-être est ce une autre lettre…
1 minute 18 – début d'une autre séquence, une table, un coquetier, une main qui casse l'oeuf – image plus contrastée, nette.

7 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Il semble que l'on voie de moins en moins de livres dans les films (où sont tous nos Godard ?) ou de lettres manuscrites - mais il y a une telle abondance de smartphones...

brigitte celerier a dit…

je pense que ce film date d'avant mes smartphones ou au moins d'avant leur généralisation

jeandler a dit…

Comme un style à la Claude Simon. Déconstructif et recomposé.

brigitte celerier a dit…

bien de l'honneur… simplement comme l'application d'une consigne

Arlette A a dit…

Fascinant. .Bravo un bel exercice dont je suis incapable de réalisé

brigitte celerier a dit…

pourquoi ne pas essayer ?

Claudine a dit…

travail de scripte à rebours, marche avant marche arrière, le temps n'est qu'un segment sans direction