dimanche, janvier 07, 2018

sans ou avec champignons

Début d'invasion
par des aimables blancheurs
se liguant en gris
retour aux Halles
goûter, seize jours après
couleurs et saveurs

et puis lire le Ravi, avant de reprendre et terminer, en plaisir grand, l'essai sur le fou de champignons – une histoire en soi de Peter Handke, commencé à l'entrée dans la nuit de vendredi, qui, outre ses qualités, devait arriver juste au moment où chaque phrase, chaque inflexion du texte m'état délice, accord, ou non, mais au moins intérêt grand, depuis la légèreté raffinée affichée au début
et je quittais ces bottes au moment de partir vers la table (l'interrompt pour dire que ces bottes sont des bottes en caoutchouc dans lesquelles il était presque impossible de marcher et que s'il va vers sa table c'est pour commencer à écrire l'histoire de son ami le fou de champignons, parce que la phrase est voluptueusement longue, comme pour retarder le moment de «s'y mettre», et que ne veux en copier autant) les déchaussant dehors devant la porte en utilisant une chose appelée autrefois un «tire-botte», ici un vieil objet en métal lourd ayant la forme d'un énorme escargot dont les cornes en métal rataient la botte qui ripait sur le talon, et en quelques pas je me retrouvai à l'intérieur où je passai la porte menant à l'appentis, la petite remise, l'«annexe», comme je l'appelle, pour...
à travers l'évolution, avec quelques interruptions, de la «folie» des champignons depuis l'enfant dans la forêt Aucun bruit de ressac ni de vague sauvage ne put remplacer plus tard le ruissellement des bouleaux, le bruissement des hêtres, la rumeur des frênes, le tumulte des chênes en bordure des forêts... qui cherche des champignons pour gagner quelques sous, l'avocat qui retrouve le plaisir de cette quête, de ce goût dont il tire des enseignements, qui l'ouvre aux autres, pense-t-il (et les différents milieux qu'il traverse sont rendus en quelques mots par l'ami écrivain Peter Handke), et puis l'orgueil, le faiseur de théories, l'obsession qui le coupe de sa famille, l'arrogance... et en passant il y a le lyrisme des pages décrivant les trouvailles (oh le cèpe !), jusqu'à ce que cela devienne contrainte mais irrésistible, jusqu'à la perte du temps et de l'espace, la disparition (avant un retour «guéri» vers son ami dans la maison où son ami écrit ce récit) et juste avant : Pour son bonheur ou son malheur il arrêta de neiger, et dans le soleil oblique de cet après-midi de décembre il vit briller dans un trou de neige les ailes légèrement grisées d'un papillonnet de la terre, un seul, qui au moment même de sa découverte se vit gratifier de son petit nom. Et le jaune de son petit pied dans le soleil : où trouver de par le monde un éclat plus attendu, bienvenu ? Mais ce papillonnet de la terre, nom qu'il donne aux chanterelles grises n'est pas seul et jusqu'à la nuit, jusqu'au trou dans son histoire, jusqu'à n'avoir plus que désir que cela cesse, il suit, cueille, les traines jaunes que tracent les champignons... et bien sûr, après cela, j'ai eu un regard indifférent, vaguement méprisant pour les champignons de Paris délicieusement petits, les dernières giroles et lactaires (si me souviens bien) que me proposait l'étal de mon marchant de légumes ce matin.

7 commentaires:

Claudine a dit…

J'en connais une autre qui se défend bien question phrases virevoltantes, même si ce n'est que pour décrire des bintjes, des gargouilles et des pigeons, entre lectures, festival et travaux de cour #oups #jesors

brigitte celerier a dit…

merci… mais vraiment pas même catégorie (rire)

Schulthess Eric a dit…

le papillonnet de la terre
Dieu qu’en découvrirais-je volontiers parmi mes amis les arbres !
rien que pour le plaisir de les nommer
et de répéter le mot
à voix basse
pour ne pas déranger la forêt ...

Dominique Hasselmann a dit…

... avec une pintade à point pour agrémenter tout ça (le dogme Vegan n'a pas encore tout envahi)... :-)

Marie-christine Grimard a dit…

Merci pour la découverte du mot « papillonnet » très évocateur pour ce champignon léger et savoureux !

brigitte celerier a dit…

désolée Dominique mais sans pintade pour moi (depuis que suis indépendante plus de viande, et sans dogme, par goût… sauf à la rigueur du lapin)

brigitte celerier a dit…

Marie-Christine c'est une invention du "fou de champignons"